A reculons!
Un journal? Pour quoi faire? La question devient avérée dès lors que le champ d'intervention du journaliste est en passe de voir se réduire de manière drastique nombre de thèmes - qui font la substance même et la raison d'être du fait d'informer et de l'existence de la presse d'une manière générale, du journal quotidien singulièrement - qui lui seront désormais soustraits. Comment un journaliste pourrait-il exercer «librement» sa profession - c'est du moins ce qu'affirment les promoteurs de la nouvelle loi sur l'information - si l'accès à l'information, à toutes les informations produites par l'Etat et la société - gouvernement, entreprises commerciales, industrielles, économiques, société civile, ONG... associations - soit dès lors marqué par le sceau de la prohibition? Dès lors que l'information est assimilée au secret d'Etat et/ou à la sécurité de l'Etat, connotée à la «protection» de la souveraineté nationale, que restera-t-il du droit inaliénable du citoyen algérien à connaître et à commenter des décisions prises en son nom? Comment communiquer, informer, analyser, comprendre et faire comprendre notre milieu et notre environnement social, culturel, économique, politique, civilisationnel, nos valeurs morales et historiques si même cet aspect, traité par la presse, devenait désormais tabou? De fait, la loi sur l'information amendée pose plus de questions et d'obstacles à la pratique journalistique qu'elle n'apporte de solutions à un secteur sensible, qui a fait montre d'une présence constante dans les batailles que l'Algérie a menées ces dernières années pour les libertés et la démocratie. Le monde de l'information, unanime, s'accorde à dire que le texte de la nouvelle loi est en recul par rapport à celui de 1990 - pourtant contesté par la profession dans ses aspects les plus restrictifs pour ne pas dire plus - et tend à caporaliser un secteur qui a été l'un des rares en Algérie à avoir fait esprit d'initiative et à prendre ses responsabilités à tous les instants. Aussi, on est en droit de se poser la question: si le pouvoir ne comprend pas ou n'admet pas, ne veut pas admettre (?) que la presse écrite et les médias audiovisuels sont aujourd'hui la forme la plus appropriée de communication et de transmission de l'expression plurielle et de dialogue entre les citoyens et l'Etat, autant revenir à la méthode de communication des Apaches, ou remettre à l'ordre du jour la djemaâ ancestrale. Cela pour dire que l'Algérie ne vit pas seule sur une planète isolée et que la communication est aujourd'hui un fait universel et civilisationnel qu'aucune loi ne peut encadrer, encore moins museler. A l'ère d'Internet, de Google, de Facebook, est-il sérieux ou envisageable de confectionner des lois limitatives en décalage par rapport à notre réalité environnementale? L'exemple de l'échec de l'Entv face aux chaînes satellitaires aurait dû avertir que les rapports avec la presse et les médias devaient passer à une étape plus en phase avec le développement que connaît un domaine où, hélas, l'Algérie cumule dorénavant un retard pénalisant. Veut-on, à l'instar des téléspectateurs qui ont fui notre «Unique»- et «émigré» en masse vers les chaînes satellitaires - contraindre les lecteurs des quotidiens nationaux à en faire de même et aller chercher l'information auprès des journaux électroniques étrangers qui font florès sur la Toile, alors que l'Algérie n'a pas, actuellement, les moyens de relever les défis technologiques de ce combat inégal? Quelqu'un a expliqué que la nouvelle loi va faciliter la création de journaux. La bonne blague! Pour y mettre quoi? les «faits divers»? les affaires de moeurs? Faire une presse de «caniveau»? puisque les sujets d'information dite «noble» (politique, économie, histoire...) seront désormais marqués du label d'événements à «accès restreint», voire impossible. Que restera-t-il dès lors à mettre dans un journal qui ne soit pas «labellisé» «sécurité nationale»? D'où l'interrogation: créer un journal, pour quoi faire?

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