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Une élite marginalisée

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Il convient de revenir sur le chiffre donné, vendredi, par le secrétariat général (français) à l'Immigration. Il est éloquent par lui-même: ils sont 66.000 Algériens, «très diplômés» comptabilisés parmi les 710.000 immigrés «bardés» de diplômes installés en France. Ils sont encore 4000 chercheurs algériens «très diplômés» travaillant aux Etats-Unis, selon l'Association algéro-américaine des scientifiques (Aasa). En gros, il est estimé à 500.000, le nombre de cadres algériens exilés à l'étranger. C'est anormal et cela demande explication. Cela montre en fait que des Algériens placés dans un environnement et conditions - politiques, sociaux, professionnels - adéquats sont compétitifs partout ailleurs dans le monde. C'est la preuve, surtout, que les Algériens réussissent dès qu'ils franchissent les frontières du pays et dans des conditions pas toujours favorables. Pourquoi des Algériens capables de faire preuve de leur valeur hors de nos frontières sont dans l'incapacité de faire quoi que ce soit au pays? Il y a donc blocage quelque part. Où se situe-t-il, comment le lever? Répondre à ce questionnement, c'est déjà franchir un pas vers la solution du problème. En fait, ce qui fait fuir les «très diplômés» algériens c'est l'environnement politique fermé, l'absence de libertés (individuelle et collective), un encadrement social excessif et pas toujours de bon aloi, des statuts professionnels réducteurs - cela sans évoquer un environnement social délabré, des salaires
médiocres, le manque de logements, l'impossibilité de fonder un foyer - qui concourent et incitent à voir ailleurs. C'est comme cela que le «réservoir» intellectuel national s'appauvrit d'une année à l'autre. On peut dès lors se demander si les pouvoirs publics ont bien diagnostiqué le malaise qui fait que l'Algérie riche de ses hommes, les met dans l'inaptitude de s'accomplir et de se réaliser dans leur pays. Si l'on n'a pas compris cela, on n'a alors rien compris à la régression qui frappe l'Algérie depuis des décennies avec, au final, la perte des meilleurs de ses hommes qui vont chercher fortune à l'étranger. C'est ce qu'il y a de tangible dans l'Algérie de 2012. Ne pas le comprendre, afin d'y remédier, c'est aggraver la fracture entre le pays et son élite. Cette «matière grise» contrainte de s'exiler, formée gratuitement - et aux dépens de l'Algérie - pour l'étranger! C'est dans ce contexte et afin d'atteindre les normes de bonne gouvernance - devenues inévitables, usitées partout dans le monde où existe le minimum de liberté qui permet l'initiative et le dépassement de soi - que l'Algérie s'est engagée dans des réformes censées apporter cette liberté de faire et de dire, laquelle a fait tant défaut aux Algériens. Ainsi, l'Algérie s'honore-t-elle des «exploits» de ses ressortissants installés à l'étranger - sans profit pour le pays, faut-il le souligner - quand ces réalisations auraient dû avoir lieu chez elle, sur son territoire. 66.000 cerveaux algériens, «très diplômés» - pour reprendre l'expression du secrétariat français à l'Immigration - font le bonheur de la France, un pays développé, déjà très bien doté en la matière. A contrario, l'Algérie, du fait de cette carence, fait appel à des «cerveaux» étrangers pour pallier l'absence d'une élite qui existe, mais marginalisée. En réalité, il y a un prix à payer: politique d'abord; social ensuite. L'Etat est-il prêt à ce saut qualitatif pour, à défaut de faire revenir nos cerveaux exilés, du moins maintenir et stabiliser ceux qui sont restés en leur donnant ce qui peut justifier leur raison d'être et leur fierté de servir le pays. Face aux tergiversations, à la manière de reprendre d'une main ce qui a été donné de l'autre, il est permis d'en douter. La confiance entre le pouvoir et l'élite nationale - seule en mesure de contribuer à la transformation et à la mutation de ce pays vers des jours meilleurs - ne se marchande pas. Ne peut se marchander. Dans le cas contraire, l'Algérie continuera d'une part à déplorer l'exil de ses meilleurs fils, dans le même temps où elle «honore» ces mêmes fils qui contribuent à l'essor d'autres contrées que la leur. Ça n'a pas de sens!

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