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Jeu électoral!

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L'abstention donne des sueurs froides aux responsables politiques du pays. Le maître d'oeuvre des élections, le ministre de l'Intérieur Daho Ould Kablia, n'a pas caché ses craintes d'un «tsunami» abstentionniste en mai prochain, ayant toujours à l'esprit le malheureux 35% de participation aux législatives de 2007. Ce qui veut dire que 65% du corps électoral n'a pas daigné se déplacer pour effectuer son devoir électoral. Plus qu'une Assemblée nationale (très) mal élue, c'était surtout une cuisante défaite pour le pouvoir dont les manipulations et les bourrages des urnes n'ont pas pu cacher une réalité plus pesante d'une élection à l'autre: la défection d'un électorat qui s'estime non concerné par des élections dans lesquelles non seulement il ne se retrouve pas, mais par trop convenues pour être sincères. En fait, au cours de ces dernières années une sorte de dialogue de sourds s'est instauré entre le pouvoir et la société. Cette dernière, pas dupe et face à l'impossibilité d'exprimer librement ses préférences (politiques), a fini par tourner le dos à un jeu électoral dans lequel la consultation du peuple s'est réduite à un simple faire - valoir par lequel le pouvoir - juge et partie - se perpétue intra-muros sans s'ouvrir à des sensibilités autres que celles imposées à la société. En préférant aller à la «plage» (dixit, l'ancien ministre de l'Intérieur, Noureddine Zerhouni en 2007, regrettant l'énormité de l'abstention), les citoyens font surtout valoir qu'une élection où le minimum de crédibilité n'est pas observé est une perte de temps pour eux et pour le pays. En fait, tout au long de ces années, le régime a voulu faire plier la société à ses desiderata, perdurer, sans que lui-même fasse l'effort d'évoluer pour se mettre au diapason d'une société avec laquelle le fossé n'a cessé de se creuser et l'incompréhension de s'approfondir. Les élections (municipales, législatives, présidentielle) sont des actes politiques à forte charge symbolique que le régime s'est ingénié à en faire une simple formalité technique et administrative. Si le pouvoir n'a pas compris qu'il existe de fait une fracture entre lui et la société, laquelle s'accentue d'une année à l'autre, c'est que, soit il ne comprend pas la société qu'il gère, soit n'accorde pas trop d'importance à ce que veut la société. Dans un cas comme dans l'autre, c'est problématique. En fait, il est aujourd'hui question de confiance. La société ne fait plus confiance aux pouvoirs publics. Cela est un fait patent. Les autorités publiques qui possèdent les «vrais» résultats des élections législatives de 2007 (de fait les résultats des différentes élections s'étant déroulées en Algérie ces dernières années n'ont jamais été rendus publics avec leurs pourcentages complets), en ont-elles tiré tous les enseignements, outre l'inquiétude formulée par le ministre de l'Intérieur? Il ne fait pas de doute, cependant, que M.Ould Kablia pensait à tout ça lorsqu'il fit part de ses craintes de l'abstention. Les restrictions des lois électorales, sur les partis, les associations, l'Information - censées engager des réformes dans notre pays - montrent combien le pouvoir répugne à abandonner son pêché mignon, consistant à tout contrôler, afin de faire obstacle à l'émergence des vraies sensibilités du corps électoral algérien, traversé d'opinions diverses et contradictoires (donc politiques) loin de l'image lisse et artificielle que l'on veut accréditer. Aussi, l'abstention - devenue au fil des ans une forme qui confine au boycott sans en être un - restait pour la société le meilleur moyen de dire son rejet d'élections dont les résultats connus à
l'avance - marquées, outre la fraude, par le système du quota par lequel le régime s'assure à un élément près de la composante de l'Assemblée nationale (APN) - n'ont aucune signification politique si ce n'est donc de garantir pour cinq nouvelles années le pouvoir pour les mêmes hommes et les mêmes chapelles. Et c'est ce que veut le pouvoir, dès lors que pour lui les élections n'ont pas, ne peuvent, ni ne doivent avoir de sens ou connotation politique. Il fait ce qu'il faut pour qu'il en soit ainsi.

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