Jeux de mots
J'ai reçu, à l'instar de nombreux Algériens, un message du Micl (alias, ministère de l'Intérieur et des Collectivités locales) nous exhortant à l'accomplissement de «notre devoir citoyen»: Allez voter! A la bonne heure! Mais c'est là une forme de communication - si communication il y a, bien sûr - un peu absconse dès lors que le pouvoir ne redécouvre la citoyenneté que lorsque cela lui agrée, l'oubliant le reste de la mandature (communale, législative ou présidentielle). C'est un peu court et n'exonère pas le pouvoir de ses propres devoirs citoyens qui ne semblent pas, du moins pour lui, évidents. Or, l'Algérien est tout, sauf ce «citoyen» libre - auquel semble se référer le message du Micl - qui choisit en toute indépendance ses représentants, en connaissance de cause et dûment informé de leur programme, comme voir si celui-ci répond aux attentes, aux besoins et à l'intérêt de la nation. Or, cette passerelle - ou confiance - entre les autorités publiques et les citoyens n'existe pas ou s'est fortement diluée, en l'absence d'un véritable dialogue lors duquel les Algériens sont (les premiers) informés de ce qui les concerne en priorité, quand - souvent - cette primeur est réservée à l'étranger. Ce qui fait que le pouvoir est plus soucieux de montrer une bonne image de lui que réellement préoccupé par ce que veulent ses nationaux. Aussi, cet appel à voter lancé par SMS - à la limite, désespéré - témoigne de la hantise du pouvoir de se retrouver face à un tsunami abstentionniste. Un jeu de mots - si l'on peut dire - que les autorités auraient pu s'épargner, si elles avaient accoutumé les Algériens à jouer franc jeu. En effet, nous sommes tout à fait d'accord avec le ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales, lorsqu'il parle d'acte citoyen qu'induit l'accomplissement de ce simple geste combien symbolique de déposer un bulletin dans l'urne. En faisant cela, le citoyen a conscience d'avoir participé à désigner, celui et ceux, qui auront à gérer, durant une mandature, les affaires de la commune, de la nation ou de l'Etat. Dans les faits - en lien à la fraude et autres quotas- cela n'a aucun rapport avec les choix présumés des citoyens. L'Algérien ne participe pas, n'a jamais eu le sentiment de participer effectivement à la mise en place des structures gestionnaires du pays. Et c'est là que le bât blesse. Nous évoquions plus haut l'absence de dialogue. Celui-ci aurait pu se concrétiser par l'existence des lois et réglementations claires et non triturées à en devenir abstruses et inapplicables. Or, de telles lois et règlements auraient dû être la base obligatoire à la réussite d'une élection libre et équitable de même qu'à une saine gestion des élections. Une telle pratique aurait eu le mérite d'assurer des résultats électoraux fiables et acceptés comme pleinement légitimes. Or, lorsque la Constitution, la loi électorale, les règlements administratifs et les codes de conduite - éléments essentiels du cadre législatif électoral - sont mis en doute, il y a quelque part suspicion sur ce qui se prépare. Un représentant d'un parti politique exigeait, lors d'un débat à la télévision, la mise en place d'un gouvernement de «technocrates», un autre veut des «observateurs» étrangers. Il est évident que ce n'est pas de cela dont le pays a besoin d'autant que cela témoigne d'un manque de confiance total, tant entre les citoyens et le pouvoir, qu'entre celui-ci et les acteurs politiques. Avec, au fil des ans, l'émergence du plus grand «parti» du pays, celui des abstentionnistes. Peut-il en être autrement lorsque les droits fondamentaux des citoyens ne sont pas respectés! que les procédures n'assurent pas la liberté individuelle, le secret du vote et le dépouillement exact des votes? quand c'est le pouvoir qui organise et contrôle le processus électoral quand celui-ci aurait dû être confié à un organisme électoral autonome et indépendant du pouvoir d'État et du gouvernement. L'existence d'une commission électorale indépendante, agréée par tous, aurait mis en confiance tout le monde et donné aux autorités d'éviter cet appel du pied, aux citoyens, à voter.

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