Déliquescence
Le gouvernement n'y peut rien. La fièvre acheteuse s'est définitivement emparée des citoyens. A quelques jours d'intervalle, les Douanes assènent leur vérité à travers des chiffres. On a d'abord appris que les importations de blé de l'Algérie ont connu une forte hausse de 125,5% à 2,82 milliards de dollars en 2011 contre 1,25 milliard en 2010. Puis hier, une autre nouvelle tombe. On a importé 390 140 véhicules en 2011 contre 285.337 unités en 2010, une hausse de 36,73%.
N'allez surtout pas croire que l'Etat n'a rien fait pour stopper cette hémorragie de devises à l'étranger. Mais force est de reconnaître que malgré les effets de la crise économique internationale, la baisse des ventes par facilités pratiquées par certaines banques et les taxes introduites depuis 2008 afin de réguler le marché de l'automobile, les importations d'automobiles ont repris leur tendance haussière dès 2010.
Pour les produits alimentaires, ce ne sont pas les annonces triomphalistes de Benaïssa qui iront adoucir les chiffres des Douanes. Ces deux exemples renseignent, on ne peut mieux, sur le peu d'emprise des décisions gouvernementales sur les réalités du terrain, mettant à nu son incapacité à réguler le flux économique dans le pays. Mais le peu de succès des autorités s'étend à d'autres sphères. Depuis un an, la rue grogne sans qu'une perspective sérieuse soit offerte à des milliers de personnes.
Le bilan ne paie pas de mine si l'on compare à la situation des Egyptiens qui ont fêté hier l'An I de leur révolution. Les Tunisiens en ont fait de même depuis une semaine.
En Algérie, on a fait l'économie d'une révolution et certains attendent le mois de mai prochain pour dénouer la situation. Mais il n'est pas certain que des élections puissent désamorcer la crise. Il y en a qui n'en sont pas du tout convaincus.
D'ailleurs, pour beaucoup, ces élections ne feront que porter les islamistes au pouvoir. Peut-être sans partage, même si la thèse n'est pas admise unanimement. En tout cas, même les islamistes au pouvoir ne seront pas exempts d'affronter ces crises. Quelquefois provoquées par leurs frères ennemis que sont les salafistes. On voit déjà que ce scénario est dominant en Tunisie.
Face aux pressions de plus en plus fortes de la mouvance salafiste, le parti islamiste Ennahda, qui domine le gouvernement tunisien, est sommé de sortir de l'ambiguïté vis-à-vis de sa base radicale, estiment des analystes.
Depuis les élections, les radicaux se manifestent à tout bout de champ: dans les universités pour imposer le port du niqab, devant les tribunaux pour fustiger une chaîne de télé accusée d'avoir diffusé un film blasphématoire, dans les manifestations où des journalistes ont été agressés. Pour l'instant, il y a encore des voix qui écartent l'éventualité de scénarios catastrophes chez nous. Mais faut-il vraiment un basculement de la majorité à l'APN pour sombrer dans la déliquescence?
Les signaux sont au rouge. Et depuis longtemps déjà. Des promesses d'une Algérie plus démocratique et d'une économie plus florissante seront les mots d'ordre de la campagne électorale. Ces espoirs seront-ils encore une fois déçus?

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