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Au nom de qui? Pour qui?

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Il semble qu'il y ait maldonne pour ce qui est de l'entendement de ce que l'on appelle pompeusement le «Printemps arabe». De quel «printemps» est-il en fait question? Est-ce celui censé apporter aux peuples arabes démocratie et liberté, sous toutes leurs formes? Ou est-ce plutôt un «automne» qui remet en selle et sur orbite les islamistes qui - pour le moment - ont recueilli (à peu de frais) les fruits des graines semées par les jeunes révoltés de Tunis et du Caire? Et cela n'était pas prévu, à moins que ce scénario n'ait été programmé par quelque think tank dont les visées s'avèrent autres que celles recherchées par les jeunes Tunisiens et Egyptiens. Or, voici donc que ces «révoltés» sont restés sur le carreau au moment où les islamistes tunisiens et égyptiens raflaient la mise en s'emparant des Parlements respectifs de ces deux pays. Par ricochet, ce sont encore les islamistes marocains qui tirent tous les bénéfices de cette donne à tout le moins inespérée pour eux qui se retrouvent à la direction du gouvernement sans avoir eu à se mesurer aux aléas de la contestation et à la pratique du pouvoir. Ce qui nous éloigne du concept de démocratie et de liberté - sous réserve, certes, de ce que donneront à l'usage les trois administrations islamistes susmentionnées - tel que réclamé par les peuples de ces pays. Eu égard à cette donne, les révoltes évoquées ont-elles réussi? La question reste en attente de réponse référencée. Ce qui nous amène à nous demander le pourquoi de l'échec des «rébellions» concomitantes en Libye, au Yémen et en Syrie. En fait, la différence entre ce qui s'est passé en Tunisie et en Egypte - où les révoltes ont été spontanées et ont duré, respectivement, 29 et 18 jours - (accessoirement au Maroc) et les rébellions - pour ainsi dire télécommandées - en Libye et en Syrie, notamment, est énorme. Cela se mesure d'abord à la brièveté des révoltes tunisienne et égyptienne en contraste avec les dimensions prises par les «rébellions» en Libye et en Syrie qui se sont transformées en guerres civiles. Avec au final, l'installation au pouvoir à Tripoli du CNT libyen sous l'égide de l'Otan, la France et la Grande-Bretagne - soutenus par le Qatar et les Etats-Unis. Aujourd'hui en Syrie, au bord de la guerre civile, le CNS demande l'intervention de l'ONU, et aspire à une prise de pouvoir adoubée par des forces étrangères. Si les chutes des dictatures en Tunisie d'abord en Egypte ensuite peuvent être estimées accidentelles, leurs effets ont été exploités et instrumentalisés par des forces extérieures à la région - avec la complicité de certains pays arabes - qui ont saisi l'opportunité de remodeler à leur aune cette région. Dans ce capharnaüm, émerge un petit Etat, le Qatar, qui se surprend à se mettre dans les habits d'une superpuissance, dictant ses injonctions allant jusqu'à décider du sort de chef(s) d'Etat. D'où lui vient cette subite puissance, lui qui se trouve être le quartier général des flottes américaines au Moyen-Orient? A qui veut-on faire croire que le Qatar, une monarchie absolue, travaille pour l'avènement de la démocratie dans le Monde arabe? A qui veut-on faire avaler que la Ligue arabe, coquille vide sans pouvoir ni envergure, qui ne peut prendre de décision d'ordre politique sans qu'il y ait consensus entre ses Etats membres, devient du jour au lendemain un centre de décision habilité, même, à faire intervenir des forces extérieures à la région contre un de ses Etats membres, comme de sommer un président de quitter son poste? Le club des monarques du Golfe (le CCG) qui a déjà évincé le président yéménite et demande la tête de son homologue syrien (et demain?) se pose donc en gardien de l'ordre «nouveau» qui se met en place dans cette région. Au nom de qui? Pour qui? Il est patent que ce n'est certes pas pour les libertés et autre Etat de droit ou pour offrir des perspectives à la jeunesse arabe que le Qatar et l'Arabie Saoudite se démènent pour imposer cet «ordre US», quand dans leur propre royaume les libertés sont muselées et que l'esclavage sévit...

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