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Le sprint salvateur

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De tout temps les penseurs les plus éclairés soutiennent que l'Histoire n'est jamais linéaire. Elle a toujours évolué sur une durée circulaire. N'est-ce pas que les bouleversements qui s'opèrent actuellement au plan régional sont une répétition de cette même histoire. Les grandes puissances qui dominaient et dominent toujours le monde, les Etats-Unis d'Amérique, la Grande-Bretagne et la France n'avaient pas attendu la fin de la Première Guerre mondiale et la désintégration totale de l'Empire ottoman pour se partager le Monde arabe. De l'Extrême-Orient au Maghreb, Washington, Paris et Londres ont redessiné le monde selon un découpage fort savant et à leur juste convenance. Ces puissance titulaires ont découpé l'espace arabo-musulman en deux: d'un côté les pays dits progressistes regroupés autour de l'Egyptien Nasser et de l'idée d'un panarabisme exacerbé et de l'autre, les pays dits conservateurs autour de l'Arabie Saoudite. Le même schéma semble se reproduire à la faveur des révoltes arabes mais avec des instruments plus subtiles et des moyens plus soft. Pourquoi envoyer des boys américains combattre en Libye quand des avions de l'Otan peuvent le faire? Pourquoi s'opposer à la démarche de la Ligue arabe, ou jouer au gendarme dans cette région quand un pays comme le Qatar est prêt à faire le garde champêtre? Les révoltes arabes viennent d'ébranler tout l'édifice échafaudé depuis la reconfiguration établie en 1916 au lendemain de la Première Guerre mondiale. Mais dans cette démarche nouvelle il y a des lignes rouges à ne pas dépasser. Des principes sacro-saints à ne pas piétiner au risque de s'attirer les foudres des puissants de ce monde. L'Arabie Saoudite, éternellement parrainée par les Américains, ne doit pas perdre sa préeminence au Moyen-Orient. Il faut empêcher absolument l'Iran d'accéder à la technologie nucléaire fût-elle à des fins civiles, la sécurité d'Israël est l'axe central. Le reste, tout le reste, n'est qu'un jeu de dominos, un puzzle à compléter, à faire et à défaire au gré des circonstances. Par exemple, il faut soutenir et appuyer les régimes islamistes dociles. Puisque le Monde arabe a basculé vers cette tendance, pourquoi faut-il l'en empêcher? Il suffit juste de placer des garde-fous et de s'assurer que les intérêts de l'Occident ne soient pas menacés. A remarquer que tous les gouvernements islamistes issus des élections en Tunisie, en Egypte ont montré leur incroyable docilité envers l'Occident. Les premières déclarations faites par ces gouvernements étaient destinées d'abord et avant tout à l'Occident qu'ils avaient à rassurer avant leurs peuples. Il faut se l'avouer: les lendemains des révoltes arabes ne chantent pas. A moins que les Arabes se débarrassent d'une malédiction historique, c'est-à-dire qu'ils décident de s'entendre pour prendre leur destin en main. Ce qui n'est pas un mince projet. En revanche, dans la région du Maghreb, une lueur se dessine. Le projet d'un nouveau Maghreb peut être un sprint salvateur pour cette région d'Afrique du Nord. Le projet présenté par le président tunisien Moncef El Marzouki semble naïf mais il a le mérite d'être sincère.

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