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Les intégristes de la démocratie
05 Septembre 2001 Lu 66 fois
Quelque chose ne tourne pas rond chez nous. Nous avons la manie de déformer les concepts en les affublant de tares qu’ils ne véhiculaient pas au départ. Parfois, on pousse cette manie jusqu’à évacuer tout le contenu originel du concept en question pour ne garder que les défauts qu’on lui a collés, par ignorance ou mauvaise intention. S’il y a un concept qui a été malmené, manipulé, dénaturé et expurgé de tout ce qui faisait son essence même ces derniers temps, c’est bien celui de démocratie. Il y a une dizaine d’années, un parti populiste a utilisé la démocratie et la liberté d’expression pour tenter d’imposer la théocratie. Ce n’est pas nouveau, nous diriez-vous. Il y a une soixantaine d’années, le fasciste, qui a provoqué la Seconde Guerre mondiale, est parvenu au pouvoir en utilisant la démocratie comme tremplin. Cela, beaucoup de gens le savent, mais on a failli permettre à un macabre volet de l’Histoire de se répéter. Entre les mains de ceux pour qui la religion n’est qu’un moyen d’instaurer la théocratie, l’Islam - source de quiétude spirituelle, de dévotion et de sagesse - s’est retrouvé instrument de terreur, assénant interdits, oukases, menaces et anathèmes. Nous revenons de très loin. Mais ce n’est pas pour autant que la démocratie est hors de danger. Aujourd’hui, ses ennemis sont précisément ceux qui s’en revendiquent. Notre démocratie est l’otage d’un certain nombrilisme qui veut que chacun se perçoive comme le centre du monde. Il est de bon aloi de se présenter comme démocrate et de se dire prêt à écouter et à respecter l’avis d’autrui, mais chacun souhaite, au plus profond de son intimité, que cet autrui ait la même vision que lui. Dans le cas contraire, celui-ci serait catalogué parmi les ennemis de la démocratie. Il n’y a pas plus dangereux que le démocrate qui ne voit pas plus loin que son opinion. Une opinion très souvent dictée non pas par la raison et le souci de ne pas causer de tort aux autres, mais par sa conviction et sa passion. Deux sentiments ayant la réputation d’être opposés à tout dialogue. C’est ce que nous vivons en ce moment où certains démocrates, se prétendant modernistes, n’arrêtent pas de fustiger ceux qui ne partagent pas leurs points de vue. Ils tombent ainsi dans le travers de ces paysans qui voulaient vendre à tout prix des fèves. La concurrence faisait dire à chacun d’eux que c’étaient les siennes qui cuisaient le mieux. Une escroquerie pourtant maintes fois stigmatisée par la tradition et l’humour populaire. La pensée moderne, citoyenne et réellement démocrate, est, hélas, encore un mirage lointain, inaccessible. Et la sagesse de jadis est oubliée. A partir de là, tous les dérapages sont à craindre. Y compris l’apparition d’un nouveau type d’intégrisme accusant de tous les maux et de toutes les compromissions ceux qui osent penser différemment. Dans un passé très récent, sont apparus des slogans tels que: «Ceux qui ne sont pas avec nous, sont contre nous.». A quelques jours de la rentrée, le moins que l’on puisse dire est que notre Ecole a beaucoup de pain sur la planche.
Nacer MOUZAOUI
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