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Le piège d’Annapolis
14 Novembre 2007 Lu 675 fois
A la fin du mois, peut-être la première semaine de décembre -quand exactement, seuls les Américains le savent en vérité- se tiendra à Annapolis, dans la banlieue de Washington, une conférence «internationale» qui aura à «plancher» sur le contentieux israélo-palestinien. Or cette réunion risque fort d’être un piège mortel pour les Palestiniens et singulièrement pour le président Mahmoud Abbas qui est loin de disposer de l’aura et de la volonté du défunt Yasser Arafat qui a su déjouer en 2000, le traquenard de Camp David que lui ont tendu le président américain Bill Clinton et le Premier ministre israélien Ehud Barak. A Annapolis, Abbas sera seul face aux Etats-Unis (à Israël), à l’Union européenne et à un Quartette, tous acquis à la cause israélienne. Aussi, la question qui se pose avec insistance est de savoir pourquoi l’administration Bush tient-elle à organiser une conférence de laquelle peu est attendu, d’autant plus qu’Israël, qui mène le jeu, n’est nullement disposé à faire le moindre effort, qu’il soit politique ou seulement de bon sens, pour débloquer un processus qui coince depuis sept années. Or, selon un haut responsable israélien, la conférence se tiendra et se clôturera le même jour. Une précision qui situe l’intérêt que l’organisateur américain porte à une question qui est vitale pour le peuple palestinien. Peut-on en une journée solutionner un contentieux pendant depuis six décennies? De quels documents les invités des Etats-Unis vont-ils débattre, sur quels projets concrets, pour l’édification d’un Etat palestinien indépendant, vont-ils se pencher? Mais il semble bien que la question de l’érection de l’Etat palestinien ne figure pas, si jamais elle le fut, à l’ordre du jour de cette réunion. En effet, comment cela peut-il se faire lorsqu’il n’y existe aucun accord entre Israël et les Palestiniens sur les points essentiels du dossier avec, en exergue, le statut du futur Etat palestinien, ses frontières, le retour des réfugiés, le sort des colonies juives en Cisjordanie et de Jérusalem. Palestiniens et Israéliens planchent sur cette question depuis plusieurs semaines sans qu’aucun accord n’a pu être trouvé. D’ailleurs, selon le chef de l’équipe palestinienne, Ahmed Qoréï, les négociations traversent une «réelle crise» qui équivaut de fait à reconnaître qu’il y a impasse entre les deux parties. Comment peut-il en être autrement lorsque Israël n’est prêt à discuter ni des frontières de l’Etat palestinien, ni de Jérusalem, ni des colonies juives et encore moins des réfugiés, au moment où il s’efforce de rendre irréversible l’implantation de colonies juives en Cisjordanie et accélère la judaïsation d’El Qods? Alors de quoi la noria de personnalités présentes à Annapolis va-t-elle bien débattre si ce n’est pas du processus de paix et des voies et moyens d’arriver à un consensus entre les deux parties, quitte à faire pression pour ce faire? Or le haut responsable israélien, sus-cité, affirme qu’«il ne s’agit pas d’une conférence où des questions seraient débattues, mais d’une réunion au cours de laquelle les participants sont censés lire des déclarations (...) et se clore le même jour». Que peut-on faire en un jour pour un contentieux vieux de plus d’un demi-siècle, quand les Américains minimisent les résultats attendus d’une réunion qu’eux-mêmes organisent? En fait, aucune assurance n’existe quant à une avancée du dossier palestinien, alors dans quel guêpier va se jeter Mahmoud Abbas en acceptant d’y participer, et dans quel traquenard engage-t-il son peuple?
Karim MOHSEN
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