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L’Afrique et ses démons
03 Février 2008 Lu 742 fois
La chute, hier, de la capitale tchadienne N’Djamena, devant l’assaut de la rébellion, rappelle, à propos, que l’Afrique reste encore et toujours piégée par le pouvoir personnel, la mal-gouvernance, l’ignorance des droits de l’homme, avec comme effet prégnant les guerres civiles et les crises politiques quasiment omniprésentes depuis les indépendances dans les années 1960. Le Tchad, le Kenya, singulièrement, rappellent douloureusement que notre continent, qui est encore en retard d’un siècle, refait, à contre-courant, les mêmes erreurs faites par d’autres peuples, d’autres pays, les menant au bord du précipice, mais ne tirant aucune leçon que, pourtant, nous enseigne le passé universel récent ou lointain. En plein troisième millénaire, l’Afrique en est encore à se voir imposer le pouvoir par la force des armes. Comment peut-il en être autrement lorsque l’on considère que sur les 53 pays africains membres de l’UA, aucun ne sauve la mise par une gouvernance ouverte et citoyenne digne d’être citée en exemple. De dictatures soft aux plus dures, l’Afrique n’a connu, à une ou deux exceptions près, que des pouvoirs habillés de kaki, au grand dam des droits de l’homme et de la démocratie. Par une étrange coïncidence, c’est au lendemain de la création de l’OUA (Organisation de l’Unité africaine), en 1963, qu’un premier coup de poignard a été donné à la gouvernance africaine par l’assassinat le 13 janvier 1963 du président togolais, Sylvanus Olympio. Un assassinat qui a ouvert la voie à une série d’autres prises de pouvoir par les armes. Quarante-cinq ans après et en ce début de troisième millénaire, les choses n’ont pas évolué d’un iota en Afrique et c’est toujours l’arme à la main que l’on se dispute le pouvoir et la magistrature suprême. Cela s’est passé hier au Tchad où l’on ne connaît toujours pas le sort réservé au président Deby Itno, lui-même arrivé au pouvoir par la force, en 1990, après une rébellion contre Hissène Habré. Ainsi, l’Afrique change pour ne pas changer. Plus le continent semble aller de l’avant, plus on constate que les mentalités, elles, sont restées immuables, ne changeant en rien. On compte toujours plus de chefs d’Etat arrivés par la force et s’y maintenant par la fraude et autres pressions. Le scrutin et le suffrage universel sont devenus certes un passage obligé mais sans effet visible sur le champ politique africain qui, lui, n’évolue pas. De fait, le trait commun de la gouvernance africaine est que, une fois au pouvoir - que cela soit du fait de la guerre ou des urnes - on ne le lâche plus, et chaque président africain ne semble s’être assigné comme challenge que celui de battre le record de longévité détenu par l’un ou l’autre de ses pairs africains. En vérité, le président-monarque est la caractéristique première du pouvoir en Afrique. Cela explique, même si ce n’est là que l’un des aspects de la mal-gouvernance africaine, la récurrence des guerres civiles et des crises politiques qui se succèdent à un rythme soutenu. Le Kenya et le Tchad en témoignent éloquemment, et nombre de pays africains furent le théâtre, hier, de coups bas de toutes sortes. Si un constat est à faire, c’est que l’Afrique mal partie en 1960 n’est toujours pas arrivée à maturité en 2008!
Karim MOHSEN
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