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Le Kosovo et le fait du prince
18 Février 2008 Lu 445 fois
Le Kosovo sera donc indépendant! Ainsi en ont décidé les grandes puissances dites influentes qui jouent un rôle essentiel au niveau du Conseil de sécurité et qui, selon toute apparence, dictent les lois devant s’appliquer aux uns et/ou aux autres. Le Kosovo indépendant est de la sorte parrainé par pas moins de trois membres permanents du Conseil de sécurité: les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne et accessoirement par deux grandes puissances économiques européennes, l’Allemagne et l’Italie. Excusez du peu! Certes! On savait le droit international malmené - ou ne valoir que le prix du papier sur lequel il est consigné - depuis l’invasion américaine de l’Irak un 20 mars 2003. Malgré ce mauvais coup porté à la Charte de l’ONU, on pouvait encore supposer, si ce n’est espérer, que les lois internationales s’appliquent toujours à tout pays et, notamment, à tous les cas de conflits territoriaux en l’espèce. Il faut croire que non, puisque des Etats aussi sérieux que peuvent l’être la France ou les Etats-Unis, soutiennent, mordicus, l’indépendance du Kosovo, province historiquement serbe, dans le même temps où, unanimement, ils mettent en garde contre une proclamation unilatérale de l’Etat palestinien indépendant. De la même manière, la France, l’Etat européen le plus engagé pour l’indépendance du Kosovo, est aussi celui qui fait obstacle (au Conseil de sécurité) au droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance, alors que le cas du Sahara occidental, pris en charge par l’ONU, relève explicitement des résolutions du Conseil de sécurité sur la décolonisation. Ce qui n’est apparemment pas le cas du Kosovo qui risque d’être un précédent dangereux pour la stabilité de nombreux pays à forte minorité...à commencer par la France où Bretons, Corses...ou Occitans réclament leur autonomie. Un effet domino qui risque de faire boule de neige. En Espagne, en Grande-Bretagne, en Italie...partout ailleurs en Europe, des peuples et des minorités veulent faire reconnaître leur différence. On se demande en fait, si les grandes puissances, qui gèrent le monde, sont conscientes d’avoir sans doute ouvert une boite de Pandore avec tout ce que cela pourrait induire pour la paix dans cette région du monde? Cela, d’autant plus que cette proclamation unilatérale de l’indépendance du Kosovo s’est faite sans l’accord préalable de la Serbie - qui refuse de céder son territoire - et sans tenir compte de l’opposition de la Russie (membre permanent du Conseil de sécurité disposant du droit de veto), décidée à faire barrage à l’entrée du nouvel Etat à l’ONU. Il est évident que les Albanais du Kosovo, à l’instar d’autres peuples et minorités, ont droit à une large autonomie, voire à l’indépendance, mais cela devrait à tout le moins, se faire dans les règles et dans le cadre du droit international qui régit actuellement les rapports entre les pays et les Etats. Or, nous assistons surtout à un fait du prince, car le Kosovo n’aurait jamais proclamé son indépendance si les «grandes puissances», susmentionnées, n’avaient pas donné leur feu vert à ce déni caractérisé du droit international et de la Charte de l’ONU. Ainsi, selon les Etats-Uniens et les Européens, des peuples, à l’instar de celui du Kosovo, ont droit à l’indépendance, d’autres comme les peuples palestinien et sahraoui n’y ont pas droit selon des critères que seuls ces Etats, détenteurs du pouvoir et du droit de veto au Conseil de sécurité des Nations unies, peuvent nous expliciter. Et surtout n’évoquez pas les deux poids, deux mesures.
Karim MOHSEN
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