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L’arête qui ne passe pas
18 Mars 2008
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Demain c’est le 19 mars. Il y a 46 ans, en ce même jour, le cessez-le-feu était proclamé en Algérie. Les armes se sont tues après huit années de lutte pour la libération du pays sous domination coloniale durant près d’un siècle et demi. Ainsi en avaient décidé les accords signés à Evian entre le FLN et le gouvernement français après deux semaines d‘âpres négociations. Il aura fallu tant de misère, de morts et de souffrances pour qu’enfin soit reconnu officiellement dans le préambule des accords d’Evian que «la formation d’un Etat indépendant et souverain paraît conforme aux réalités algériennes».
Ce jour-là, les hommes et les femmes épris de justice et de paix ont laissé exploser leur joie. Fini la guerre. Fini l’apartheid. Fini la ségrégation raciale. Fini l’humiliation imposée par la colonisation. Les Algériens relevaient fièrement la tête grâce à une poignée d’hommes parmi les plus valeureux d’entre eux qui ont décidé, le 1er Novembre 1954, de prendre les armes. Une décision qui, aux yeux de beaucoup, était vouée à l’échec tant les moyens des moudjahiddine étaient dérisoires face à l’une des plus puissantes armées du monde. Une puissance qui n’a pu venir à bout de la force de l’idéal de liberté de tout un peuple et de la détermination de ses dirigeants. Une puissance qui a été contrainte d’accepter de s’asseoir à la table des négociations et, pour finir, de reconnaître au peuple algérien son droit à l’autodétermination. Le «OUI» massif exprimé le 3 juillet 1962 par les Algériens pour l’Indépendance, est venu clore le douloureux chapitre de la guerre d’Algérie. En réalité et 46 ans après, il n’est pas certain que le dossier soit définitivement clos. Les partisans de «l’Algérie française» ne s’en sont toujours pas remis. Les plus extrémistes d’entre eux restent très actifs. Obsédés, ils en veulent aux Algériens, au général de Gaulle, à la France, voire au monde entier. Dans leur folie, ils pensent avoir été trahis par leur gouvernement. Certains pensent même à un procès post-mortem du général de Gaulle, l’homme qui, pourtant, a sauvé la France en 1945 et une deuxième fois en 1962. Qu’ils auraient dû rester les maîtres en Algérie. Que les Algériens n’ont été, ne sont et ne seront rien d’autre que leurs esclaves. Des obsédés qui continuent à empoisonner les relations entre la France et l’Algérie. Constitués en lobby ils font capoter toutes les initiatives de rapprochement. Comme le traité d’amitié pensé et voulu par les chefs d’Etat des deux pays, qui n’a pu voir le jour. Comme cette loi débile du 23 février 2005 qui érige le colonialisme en vecteur de civilisation.
46 ans après, l’arête est toujours en travers de leur gorge. Le 19 mars 1962 et alors que les deux armées avaient déposé les armes, une sinistre organisation armée secrète (OAS) a décidé de semer la mort de plus belle. En imputant à d’autres, certains de ses sinistres méfaits. Voilà pourquoi et à ce jour, la polémique autour du 19 mars 1962 n’a jamais cessé en France. Une polémique autour de «l’Algérie de papa». Comme si les morts pouvaient être ressuscités.

Zouhir MEBARKI

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