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Un gâchis africain
30 Avril 2008 Lu 581 fois
Le cas peu banal de la non-publication des résultats du scrutin présidentiel au Zimbabwe - trente jours après son déroulement - risque fort de faire école. C’est surtout un (nouveau) triste record pour l’Afrique qui n’arrive pas à se défaire de ses mauvais penchants. Les retards dans les comptages de bulletins de vote, cela arrive, même aux plus expérimentées des démocraties. Mais, mettre un mois -les résultats ne sont toujours pas connus et la Commission électorale du Zimbabwe ne veut pas s’avancer quant à la date de leur publication - sans parvenir à s’accorder sur un résultat, ce n’est plus là un cas de force majeure, mais bien une mauvaise farce qui n’ajoute rien au prestige d’un continent qui reste malade de «l’inconstance» de ses dirigeants. On savait évident le déficit de gouvernance en Afrique. Mais une présidentielle dont on ne connaît pas l’issue, un mois après sa tenue, c’est là une première dans les annales du suffrage universel. De fait, les choses sont allées tellement loin dans cette mascarade électorale que tout résultat, ne donnant pas la victoire à l’opposition, sera assimilé sans peine à un «coup d’Etat électoral». Une manière de conserver le pouvoir, qui n’est pas sans danger pour la stabilité de l’Etat, pouvant même ouvrir les portes à la violence et à l’anarchie. Ce que l’Afrique a connu tout au long des quatre dernières décennies, avec un impact direct sur le développement du continent noir qui accumule des retards dans tous les secteurs d’activité. Au Zimbabwe, en particulier, la situation économique et sociale est alarmante. Au début de l’année, l’inflation dans ce pays avait dépassé les 100.000%. Cela ne s’est jamais vu. Ce qui a fait se demander les experts quant au choix éventuel par Harare de «l’option de l’échec» comme gouvernance. Cette descente aux enfers - l’une des principales sources de revenus du pays, l’or, a vu sa production baisser de 61% au courant du mois dernier, selon le directeur de la première société de production d’or du pays - ne semble pas pour autant inquiéter les autorités de Harare plus préoccupées de conserver le pouvoir. Pourtant, à l’avènement de son indépendance, le Zimbabwe, l’un des pays africains les plus riches, avait tout pour réussir son émancipation et offrir au peuple zimbabwéen le cadre de sa promotion. A l’indépendance, il était en outre l’un des rares pays africains promouvant le multipartisme, avant le tournant du parti unique. Que de promesses promettait alors le Zimbabwe! mais que ses dirigeants n’ont pas su, ou pu, concrétiser. Au début des indépendances, les experts affirmaient que l’Afrique était mal partie. Aujourd’hui l’image la plus tangible de ce faux départ africain est bien celle qu’offre le Zimbabwe. Un véritable gâchis.
Karim MOHSEN
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