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Les Salons de la honte
08 Mai 2008 Lu 701 fois
Israël célèbre, en grande pompe, les soixante ans de la création d’un Etat qui s’est faite par la dépossession et l’exil d’un peuple: le peuple palestinien. Qu’Israël fête sa «création» cela indiffère à la limite, si deux grandes nations comme la France et l’Italie n’avaient pas jugé politique de placer leurs Salons du livre de Paris (qui s’est tenu en mars) et de Turin (qui s’ouvre aujourd’hui) sous le signe de l’Etat hébreu, négligeant, dans le même temps, d’avoir, ne serait-ce qu’une pensée pour les Palestiniens devenus le peuple paria de la communauté humaine. Comment en serait-il autrement lorsque Israël a travaillé durant ces dernières décennies à faire effacer des cartes le nom même de la Palestine qui, du reste, ne figure sur aucun document officiel ou sur les dictionnaires. Il y a des Palestiniens. Il n’y a pas de Palestine. Cela est la résultante du hold-up qu’a été la proclamation de l’Etat hébreu par la diaspora juive le 15 mai 1948, six mois avant l’entrée en vigueur de la résolution 181 votée le 29 novembre 1947 par le Conseil de sécurité de l’ONU. Ce dédain envers les lois internationales, n’a été que le premier d’une longue série qui a vu l’Etat hébreu ignorer les résolutions de l’ONU dont il n’appliqua aucune, et illustre en fait la naissance d’un Etat hors normes. Les Etats-Unis ont pourtant reconnu immédiatement cet Etat qui commença sa vie en foulant aux pieds la première résolution de l’ONU le concernant. Or, la résolution sus-citée, créait, sur les dépouilles de la Palestine historique, deux Etats: l’Etat juif et l’Etat arabe. Soixante ans après, seul l’Etat hébreu existe alors que l’Etat arabe est toujours en gestation et Israël fait tout pour qu’il ne voie jamais le jour. En donnant leur parrainage à cette manifestation, qui n’avait de culturel que le nom, les présidents français Nicolas Sarkozy, hier, et italien, Giorgio Napolitano, aujourd’hui, cautionnent le déni de droit qu’a été la création de l’Etat hébreu sans son pendant arabe. Il aurait été pertinent que ces illustres personnalités européennes disent un mot sur la spoliation dont ont été victimes les Palestiniens. Le président Napolitano s’offusque et accuse ceux qui s’opposent à l’honneur fait à l’Etat hébreu de vouloir «délégitimer l’Etat d’Israël». On se demande si M.Napolitano connaît les conditions dans lesquelles Israël avait vu le jour, ou s’il s’est demandé pourquoi l’Etat arabe de Palestine, créé par la même résolution de l’ONU, n’ait toujours pas vu le jour en 2008, 60 ans après la «création» d’Israël? Or, cet Etat, dont on célèbre la naissance, pratique dans les territoires palestiniens occupés, un nettoyage ethnique éhonté depuis 41 ans. Aujourd’hui, ce sont les conditions dramatiques dans lesquelles vivent les Palestiniens qui auraient dû leur donner honte, les interpeller. Non! Il est plus facile de s’extasier sur la «démocratie» israélienne laquelle n’est qu’une hypocrisie quand la population arabe israélienne, vit en situation d’apartheid et est placée dans une sorte de «second collège» de triste mémoire pour nous Algériens qui avons eu à le subir de la part des colons français. Non, il n’y avait aucune raison à ce que deux grandes manifestations culturelles comme les Salons du livre de Paris et de Turin fassent tant d’honneur à un Etat qui s’est conduit envers les Palestiniens avec tant d’indignité tout au long de ses soixante ans d’existence.
Karim MOHSEN
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