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Conduire comme se conduire
22 Septembre 2008 Lu 733 fois
«L’amélioration du réseau routier et le durcissement des sanctions ne semblent pas avoir donné tous leurs effets», a constaté le président de la République lors de l’audition du ministre des Transports, samedi dernier. En effet, rien n’est venu freiner l’hécatombe sur les routes. Le plus dramatique est qu’aucune solution n’existe à court terme. Il nous faudra continuer à compter nos morts et nos blessés et, si nous le voulons, bien sûr, travailler sur le moyen et long termes. Cela veut dire que même si les résultats ne peuvent être immédiats, il faudra nous départir de notre cruel égoïsme et semer, dès aujourd’hui, ce que d’autres récolteront dans le futur. Cela veut dire aussi que le mal est profond tout en étant spécifique et que les moyens de prévention et de coercition qui ont cours sous d’autres cieux ne suffisent pas chez nous. En plus clair encore, cela veut dire qu’il faut arrêter d’importer les modèles de lutte de l’étranger. Nous sommes en face de problèmes de structure mentale et de morale. En face de problèmes soft et non hard. Il s’agit de discipline, d’urbanité, de comportements, d’éducation et de pédo-psychologie. Quitte à blesser notre dignité, il nous faut, aujourd’hui, accepter ce mauvais jeu de mots qui nous vient de l’étranger qui constate que «l’Algérien conduit comme il se conduit». En effet, quelle grâce pourrait s’abattre sur l’Algérien une fois au volant et pas ailleurs? De quelle morale s’inspire-t-il dans ses rapports avec ses semblables? Avec ses voisins? Avec les vieilles personnes? Avec les femmes? Quelles règles a-t-il adoptées? Voit-il la nécessité d’un passage protégé pour traverser la route? A toutes ses interrogations, il faut ajouter toutes ses frustrations dont le besoin de reconnaissance et de puissance n’est pas des moindres et se retrouve dans la possession d’une belle et rapide voiture. Voire un sentiment de domination. A défaut de valeurs plus nobles pour marquer la réussite sociale, l’esprit se nourrit de ce qu’il a à portée de main. Pourquoi le gouvernement ne lancerait-il pas un vaste sondage-test sur l’âge mental et l’âge réel de l’Algérien? Adulte, a-t-il toute sa maturité? Comment peut-il vivre sans autorité? Celle de la famille dissoute par l’exode rural et l’anonymat des villes et celle de l’Etat qui est absente depuis l’ouverture démocratique. C’est surtout sur cet aspect immatériel que l’Etat devrait axer ses efforts. Tout le problème est de savoir si la démarche n’est pas au-dessus de ses capacités. Si la trique est incontestablement nécessaire pour faire respecter la loi, il faut cependant vérifier si l’esprit des citoyens, à qui elle est destinée, comporte encore la peur comme sentiment? Et à quel degré? C’est le professeur Boucebci qui disait que «l’Algérie a plus besoin de psychiatres que d’autres choses...». Dans les petites têtes cela voulait dire que nous sommes tous des fous. C’est pourquoi, on préfère regarder ailleurs. Du côté du Code de la route par exemple. Ou...à compter les morts. 2000 pour les six premiers mois de l’année.
Zouhir MEBARKI
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