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De l’art de rêver!
08 Février 2009
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Monsieur Harraoubia, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, a un rêve: voir revenir l’élite nationale dispersée partout dans le monde. Une élite qui, il est évident, sert plus ses pays d’accueil que sa patrie d’origine. La volonté de faire revenir en Algérie ces cerveaux part sans aucun doute d’un bon sentiment. Mais c’est connu, on ne fait pas le monde avec des sentiments. Et le problème de la déperdition de nos élites est plus ardu et dépasse de loin la seule compétence du ministre en charge de l’Enseignement supérieur. Pour ce faire, celui-ci envisage de créer une commission scientifique censée aider au «retour» de l’intelligentsia nationale. On aurait pu nous exclamer: il était temps! Mais en vérité, en est-il encore temps face aux dégâts irréversibles causés par une politique qui n’a, à aucun moment su faire la part des choses et surtout, confiance à nos hommes de science? Quand vous privez quelqu’un de sa sève nourricière, comment espérer le garder dans un environnement peu propice, non seulement à la recherche scientifique mais encore peu fait pour encourager des personnes, certaines de leurs capacités intellectuelles, à continuer à vivoter dans un milieu où leurs chances de percer sont nulles, sinon proches du zéro.
M.Barkat, ministre de la Santé et de la Réforme hospitalière, a affirmé mercredi dernier que sur 12 cardiologues formés par la faculté de médecine de l’université d’Alger, 10 ont quitté le pays. Et cela concerne uniquement la fac d’Alger et une spécialité. Que dire des autres facultés de médecine et universités algériennes où des dizaines de spécialités dans tous les secteurs de la recherche sont laissées en friche? Pour rester dans le domaine de la médecine, deux grands universitaires de réputation mondiale formés à la fac de médecine d’Alger, les professeurs Sanhadji et Zerhouni font, ou ont fait, le bonheur de leur pays d’accueil, la France et les Etats-Unis. S’enorgueillir de la réussite de ces exilés quand l’Algérie n’a pas été capable de leur offrir les conditions de réussir dans leur propre pays, c’est quelque part du masochisme, surtout lorsque cette réussite n’est d’aucun apport au développement de notre propre recherche scientifique. Mais comment cela aurait-il pu en être autrement lorsque le minimum de conditions n’existe pas en Algérie pour retenir l’intelligentsia qui, comme partout ailleurs, a besoin d’un environnement politique, social et universitaire ouvert et incitatif. Or, la persistance des déficits politique et démocratique, l’inexistence d’un véritable milieu scientifique disposant de conditions de recherche et de documentations idoines outre d’être en relation constante avec les milieux scientifiques dans le monde, ont eu des retombées négatives sur le décollage d’une recherche scientifique nationale. Ce qui explique qu’aujourd’hui, 90% de nos chercheurs universitaires -c’est-à-dire notre élite, nos cerveaux- s’exilent à l’étranger avec peu de chance de ne jamais revenir au pays. A cela s’ajoutent des conditions de vie déplorables, un salaire misérable peu en rapport avec le statut d’universitaire, situation aggravée par l’indifférence des autorités publiques envers cette catégorie de citoyens dont l’apport au développement du pays est pourtant crucial. Cela sans insister sur le fait que les institutions nationales ignorent superbement les bureaux d’études nationaux, faisant appel systématiquement à des bureaux étrangers. L’un dans l’autre, comme dit l’adage, ce n’est pas demain la veille, et le rêve de M.Harraoubia de ramener notre élite au bercail n’est pas près de se concrétiser! En réalité, il y a un prix à payer: politique et social. L’Etat est-il prêt à ce saut qualitatif pour, à défaut de faire revenir nos cerveaux exilés, du moins maintenir et stabiliser ceux qui sont restés en leur donnant tout ce qui peut justifier la raison d’être d’une recherche scientifique et la fierté de servir son pays.

N. KRIM

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