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Nucléaire, le cercle vicieux!

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Depuis le temps qu'on en parle, il fallait, d'une manière ou d'une autre, prendre le taureau par les cornes. Ce que l'ONU vient de faire. Il s'agit bien évidemment de l'interdiction de la dernière des cinq armes cataloguées comme «armes de destruction massive» [ADM]: le nucléaire. Dans ce contexte, la Première Commission de l'ONU (chargée du désarmement et de la sécurité internationale) a décidé, jeudi, d'organiser à partir de 2017, des négociations pour obtenir un traité interdisant les armes nucléaires. D'ores et déjà, deux séances de dialogue sont prévues (du 27 au 31 mars et du 15 juin au 7 juillet) à New York. Ce débat aura à dégager les axes permettant d'arriver rapidement à un consensus international. Ces dernières années, le monde avait avancé dans la mise hors la loi de certaines ADM pour préserver la sécurité de notre planète. C'est ainsi que, peu à peu, ont été interdites les armes biologiques (convention de 1972); les armes chimiques (convention de 1993); les mines antipersonnel (traité de 1997) et les armes à sous-munitions (convention de 2008). Cela assure, un tant soit peu, une sécurité du monde mise en porte-à-faux par l'existence incontrôlée des ADM. Quoique dangereuses, ces armes n'étaient pas pour autant les plus périlleuses au regard des armes nucléaires. Comment se fait-il alors que cette catégorie d'armes ait, jusqu'ici, échappé à son interdiction définitive? Tout simplement, parce que des pays refusent un tel traité, rejetant l'idée même de mettre cette question sur la table des discussions, comme cela a encore été démontré lors de l'Assemblée générale de l'ONU. Ainsi, ces pays ont-ils voté contre l'ouverture de négociations dans le sens que préconise l'ONU, consistant dans l'interdiction totale du nucléaire. Selon le communiqué de l'ONU, l'Assemblée générale, suivant les recommandations du Groupe de travail à composition non limitée, déciderait d'organiser, en 2017, «une conférence des Nations unies ayant pour objectif la négociation d'un instrument juridiquement contraignant visant à interdire les armes nucléaires en vue de leur élimination complète». La résolution a été votée, jeudi, par 123 pays sur les 193 membres de l'AG/ONU, 38 ont voté contre et 16 se sont abstenus. Il est intéressant de noter que parmi les pays ayant voté contre se trouvent les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni et Israël, puissances nucléaires, parmi les plus déterminées. Les Etats-Unis et la France, singulièrement, se justifièrent en arguant qu'il fallait «procéder par étapes» pour ne pas bouleverser «l'équilibre stratégique actuel» ou «mettre en péril la dissuasion». La bonne blague. Une dissuasion dont elles ont le monopole, interdisant, parallèlement, aux parties tierces ce qu'elles se permettent sans limites. Les entraves auxquelles fait face l'Iran en témoignent. Ces détenteurs de l'arme atomique, qui incitent les autres à renoncer à leur droit au nucléaire, s'attribuent en revanche l'exclusivité de la recherche, l'usage et le stockage du nucléaire. Or, dans le désarmement et l'interdiction des armes nucléaires, il y a surtout un engagement humain. Comment, Washington, Paris et Londres peuvent-ils rejeter un tel engagement, et/ou se justifier, alors que les armes nucléaires transgressent fondamentalement les principes de l'humanité? L'opposition des puissances nucléaires - et parmi elles les plus agissantes: les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni et Israël - à l'interdiction des armes atomiques est moralement arbitraire et inacceptable. C'est la raison pour laquelle il faut délégitimer l'arme nucléaire comme l'ont été les autres armes de destruction massive [biologiques, chimiques, mines antipersonnel et à sous-munition]. Il est à noter, que les Etats-Unis ont incité, jeudi, leurs alliés à voter contre le projet de résolution sur l'interdiction du nucléaire. Les USA ont même prévenu, qu'une telle issue aurait «un impact direct» sur la «dissuasion renforcée» et la «possibilité» de leurs partenaires de participer à des opérations défensives conjointes. Pour la petite histoire, il faut relever que les Etats-Unis, s'ils ont signé les quatre conventions sur les ADM, n'ont en revanche paraphé aucune d'elles, à l'exclusion de la convention sur les armes biologiques. De fait, l'arme nucléaire a été utilisée par les Etats-Unis et l'ex-Urss - durant la Guerre froide - en tant qu'instrument de leur «équilibre de la terreur». Aussi, les pays qui détiennent cette arme destructrice ne sont guère intéressés par un désarmement effectif. La majorité qui s'est dégagée à l'ONU, jeudi, est prête à travailler - quitte à conclure sans eux - dans le sens d'une interdiction du nucléaire. Un processus, certes, long et ardu, mais qui garantira, à terme, la sûreté nucléaire de notre planète.

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