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FERNAND, JACQUELINE, HENRI ET LES AUTRES...

Ces patriotes sans nom, ni sépulture...

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Il y a soixante ans, le 11 février 1957, tombait sous la guillotine du pouvoir colonial, le moudjahid Fernand Iveton. C'était l'un des tout premiers martyrs, après Ahmed Zabana, à avoir été exécuté par la guillotine. Qui, parmi la génération de l'indépendance, a entendu parler de Fernand Iveton et des Algériens d'origine européenne, martyrs de la révolution? Peu en vérité!
Le 11 février dernier, décédait la moudjahida Danielle Minne (Djamila Amrane, qui participa à la grève des lycéens en 1956, rejoignit les maquis en 1957, elle avait 17 ans), une des premières poseuses de bombe. Avec Maurice Audin - dont une place d'Alger porte le nom - Raymonde Peschard est l'une des rares moudjahidate d'origine européenne à être reconnue comme martyre par les autorités publiques. Une avenue de Constantine - au Coudiat, secteur urbain de Sidi Rached - porte son nom. Née le 15 septembre 1927 à Saint-Eugène (Bologhine, Alger), Raymonde Peschard est morte en martyre les armes à la main le 26 novembre 1957 à Medjana dans les Bibans. Elle est enterrée à Constantine. Outre ceux connus (mais pas encore reconnus), ceux qui ont laissé des traces, il y a la masse [des Algériens d'origine européenne] demeurée dans l'anonymat de la guerre. Ainsi, ils ont été nombreux les Algériens d'origine européenne à avoir pris fait et cause pour l'Algérie, combattant contre le colonialisme, portant haut la Révolution. C'étaient des ouvriers, des fonctionnaires, des enseignants, des commerçants pas mieux lotis que les Algériens. Leur choix de l'Algérie a été le choix du coeur. En fait, la majorité de ces hommes et femmes est morte au champ d'honneur. Comme les Algériens de toutes conditions, ils ont répondu à l'appel du 1er Novembre, lequel ne faisait pas de distinction de race ou de religion, ciblant tous les Algériens. Ceux qui ont rejoint la révolution, de vrais patriotes, se sentaient aussi algériens que l'on pouvait l'être. La jeune génération a besoin de savoir qui sont ces hommes et femmes qui se sont sacrifiés pour que l'Algérie vive libre. Or, ces compatriotes sans nom, ni sépulture ne sont ni connus du peuple algérien ni répertoriés par les autorités du pays. En réalité, on ne leur a pas rendu justice. Est-il temps, 55 ans après l'indépendance de leur accorder cette reconnaissance à laquelle elles, ils ont droit? La supplique s'adresse à l'ONM (Organisation nationale des moudjahidine) qui doit actualiser ses listes des martyrs de la révolution. Il est anormal que l'on fasse l'impasse sur ces martyrs, ou de les catégoriser, alors qu'ils ont de la même manière partagé le combat et le martyr des moussabiline et fidaï algériens. Les Iveton, Maillot (l'aspirant Henri Maillot a rejoint les maquis de l'ALN avec un camion plein d'armes de combat, il est mort au champ d'honneur en 1956 à Chlef), Maurice Laban, Georges Acampora, Félix Colozzi, Jacqueline Guerroudj (mère de la moudjahida Djamila Amrane), Pierre et Claudine Chaulet (qui ont tant donné à la révolution), les frères Timsit (des Berbères de confession israélite, totalement engagés dans la révolution, dès l'Appel de Novembre). Ce sont les frères Timsit - leur jeune soeur a été une poseuse de bombes - qui ont formé la martyre Hassiba Ben Bouali. De fait, le listing - qui est long - des «Européens» qui ont choisi l'Algérie comme patrie reste à réaliser. Il est patent que dans cet espace, il nous est impossible de les citer toutes et tous. Ce n'est pas notre intention. Il s'agit d'abord de mettre en exergue le fait qu'il y a eu iniquité envers ces compatriotes qui ont donné leur vie pour que vive l'Algérie. Ces hommes et ces femmes étaient absolument engagés pour la cause nationale. Notons ce témoignage de Mmes Zohra Drif-Bitat, Louisette Ighil-Ahriz et Djamila Bouhired qui ont fait part de leur surprise en arrivant à Barberousse, du fait que la majorité des détenues étaient d'origine européenne. Il faut restituer cette partie méconnue de notre révolution, demeurée vierge: la participation des Algériens d'origine européenne à la guerre de Libération nationale. A moins de nous tromper, Raymonde Peschard est l'unique Algérienne d'origine européenne à laquelle a été reconnu le statut de chahida (martyre). Il est simple de les réhabiliter, in memoriam, en donnant leurs noms à ces rues, villages et villes qui portent encore les noms de l'occupant français. Le temps est venu de rétablir dans leurs droits ces martyrs, fidaï et moussabiline qui ont donné leurs vies pour l'Algérie. C'est le moins que la République algérienne puisse faire, en reconnaissant leur apport à l'indépendance. Peut-on admettre que plus d'un demi-siècle après cette indépendance, des compatriotes restent encore ignorés alors qu'ils ont leur place au Panthéon de la Révolution [Maquam Echahid]?

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