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L'absentéisme: un acte politique!?

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Les gouvernants sont obnubilés par la désertion des urnes par les citoyens. Or, voter - déposer un bulletin dans l'urne - est un acte éminemment politique. Par ce geste, simple, voire anodin, le citoyen pèse sur l'orientation du vote, sur le destin du pays. Alors quid de l'absentéisme? Il est ici question de l'absentéisme électoral. Un ancien ministre de l'Intérieur ne cessait de déplorer le fait que les Algériens préfèrent se rendre à la plage plutôt qu'aller voter. Mais sans doute que la question n'est point là. Alors pourquoi les citoyens algériens boudent-ils les urnes? Vaste question, vastes perspectives. En fait, quand le peuple est informé et s'exprime sans entraves, il est patent que ce sont les meilleurs - du moins conformes aux attentes des électeurs - qui émergent des urnes. L'élection présidentielle états-unienne nous en a donné un aperçu probant, démentant les pronostics et les analyses des médias. Une participation populaire, massive, moyenne ou nulle est donc fonction d'abord de la confiance des électeurs envers le processus électoral, pour les partis qui aspirent à gouverner, au regard des conditions dans lesquelles le vote s'effectue. C'est donc à ce niveau qu'il y a maldonne. Souvent, les élections s'apparentent à un parcours du combattant. A quelques exceptions, les postulants à la députation sont inconnus de même que leurs états de service, leurs parcours politiques à présenter aux électeurs dont ils sollicitent les voix. Les modalités dans lesquelles s'organise le vote ne sont pas toujours idoines. Il y a donc un contrat de confiance entre l'électorat et le gouvernant, entre ce dernier et les partis politiques d'une part, entre les candidats à un mandat électif et les citoyens d'autre part. De ce point de vue le déficit de confiance est évident et la défiance entre les acteurs électoraux de mise. De fait, au sein de l'Assemblée populaire nationale, les députés ont mauvaise presse, ne justifiant à aucun moment leur représentation du peuple, se dissociant des électeurs qui leur ont ouvert les portes de l'APN. Le fait aggravant est que le mandat des députés algériens est national, donc ceux-ci ne sont pas tenus de rendre compte à ceux qui les ont élus. Dans un système politique aussi quadrillé, le choix des hommes est restreint, ce qui fausse la donne politique. Ainsi, le taux de participation est devenu - d'une élection à l'autre - la quadrature du cercle pour le gouvernement qui relance à tout-va les électeurs les incitant à faire leur devoir électoral. En réalité, le seul vainqueur des élections, ces dernières années, a été le parti des absentéistes. C'est d'ailleurs tellement vrai, que le gouvernement use de toutes les solutions pour inverser la donne. Or, ce qui ne semble pas être pris en compte est que s'abstenir est devenu un acte politique. Une manière pour les citoyennes et les citoyens de dire que politiquement ils existent, ils ont un avis à donner. Aussi, comment un parti politique qui s'est signalé ces dernières années par la succession de «redressements» et «putschs scientifiques» peut-il être aussi sûr de sa victoire, alors que la campagne électorale n'a pas encore commencé? A moins que... N'est-ce pas là une sorte de mépris pour l'intelligence des Algériennes et des Algériens que de penser qu'ils ne réfléchissent pas ou seraient prêts à donner leurs voix à des inconnus, qui n'ont pas l'élégance de se faire connaître et faire connaître leur capacité à servir le pays? Et puis, ce n'est pas le moindre, ces Algériennes et Algériens ont pu suivre en live les campagnes électorales britanniques (Brexit), états-uniennes (présidentielle) ou actuellement française (présidentielle) où des femmes et des hommes s'expliquent face à leurs concitoyens, plaident pour ce qu'ils veulent entreprendre, acceptent avec fair-play le verdict. Or, sans autre forme de procès, un chef de parti peut affirmer que son parti aura la majorité absolue. En se basant sur quoi? Assurément, sans le vouloir, M. Ould Abbès patron du FLN, résume on ne peut mieux, plus certainement, sans réellement l'imaginer, le paradoxe qui marque le champ politique national. Un champ politique rudimentaire, peu mature, qui fonctionne en vase clos, déconnecté de la réalité et singulièrement proche de ses intérêts que ceux, bien compris, de la nation. Peut-on oublier que ce sont les députés - représentants par défaut du peuple - qui ont voté contre la loi anticorruption? Les citoyennes et les citoyens ne sont pas dûpes au point de ne pas voir que ces gens qu'ils envoient à l'APN sont loin d'être politiquement corrects. A cela s'ajoute la fraude, thème récurrent des débats électoraux. Dès lors, l'abstention peut s'expliquer du fait que les Algériennes et les Algériens ne se sentent pas concerné(e)s par ces scrutins, induisant cette étrangeté qui fait des absentéistes le premier parti du pays. Les serments et autre paternalisme n'y changeront rien!

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