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Assad, un forcené?

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C'est du moins ce que suppute l'Occident. Un Occident qui, se donnant la qualité de «communauté internationale», a rendu, unanime, un verdict sans appel après l'attaque chimique présumée en Syrie; coupable: Bachar al-Assad. Cela fait plus de six ans que le président syrien «l'homme qui tue son peuple» [ce que répètent sur tous les tons dirigeants et médias occidentaux] sert de bouc émissaire facile à des apprentis sorciers qui veulent tout soumettre à leur diktat. En dépit de précédentes accusations qui se sont avérées sans fondement, l'Occident n'en continue pas moins obstinément à pointer du doigt Assad, pour tous les crimes qui se commettent en Syrie depuis 2011. Malgré cela, est-il logique que le président syrien choisisse ce moment pour faire usage d'armes prohibées? Si c'est le cas, il faut alors croire qu'il est assurément fou! Pour enfoncer le clou, les Etats-Unis en rajoutent une couche, affirmant que Moscou était «informée» et «savait» que l'armée syrienne allait «commettre» une attaque chimique. Ainsi, la boucle est bouclée. Ce n'est plus le seul Assad qui serait irresponsable dans cette affaire, mais aussi Poutine qui, sachant ce qui [allait] arriver, aurait laissé faire. Il serait donc, aussi aliéné que son homologue syrien. Faut-il le croire? C'est ce qu'assurent les Occidentaux. Maintenant voyons les choses telles qu'elles se présentent sur le terrain: les «troupes de Assad» (pour reprendre la phraséologie de l'AFP et des médias occidentaux qualifiant ainsi l'Armée arabe syrienne) ont repris ces derniers mois la province d'Alep contrôlent la plus grande partie des provinces de Homs et du centre. En fait, depuis décembre dernier et la chute d'Alep la rébellion a été laminée et ne subsiste qu'à grand-peine dans le nord de la Syrie et dans la province d'Idleb, sous le joug des jihadistes d'al-Nosra (Fateh al-Cham) et Daesh. L'armée syrienne a ainsi repris l'initiative sur tous les fronts du territoire syrien. Et que nous assure-t-on? Le président Bachar al-Assad, alors que son armée retrouve ses marques, décide - ce qui serait alors sûrement l'acte d'un fou - un raid avec des armes chimiques, annihilant tous les gains engrangés ces derniers mois. Question: le président syrien est-il à ce point schizophrène, pour annuler ce que son armée a réalisé depuis décembre 2016, alors que celle-ci n'a jamais été aussi proche de rétablir la situation en sa faveur? Assad n'est certes pas sympathique et a sans doute des faits peu avouables sur la conscience, mais est-il idiot et/ou inconscient comme les Occidentaux tentent de le faire croire? Etats-uniens, Français, Britanniques n'ont-ils pas crié au fou, chaque fois qu'ils voulaient faire un sort à des dirigeants ciblés dans leur collimateur? El Gueddafi était «fou»: il a été ignominieusement assassiné et le commanditaire de cet assassinat est connu. Saddam Hussein a aussi été taxé de «folie» et de même le commanditaire de son assassinat est identifié. La recette peut marcher un temps, le peut-elle tout le temps? Qui concevra que Assad, sur le point de vaincre la rébellion - suscitée, soulignons-le, par l'Occident - et les jihadistes - financés par les monarchies - se mettrait dans une situation aussi désastreuse? Le président sortant français, François Hollande, qui n'a pas été pour peu dans le déclenchement du conflit en Syrie, exige de l'ONU de «prendre ses responsabilités» et de mener «une action résolue pour punir les crimes commis et protéger les populations civiles» [en Syrie]. Ah! comme c'est bien dit. Mais à quels criminels pense donc Hollande? Certes pas aux rebelles auxquels il a fourni armes et conseil, mais bien aux «forces du régime de Bachar al-Assad» qu'il accuse de tous les crimes. Sur quelle preuve se fonde-t-il pour accuser son pair syrien alors qu'il faudrait plusieurs semaines pour (seulement) déterminer qui a fait quoi? A-t-il enquêté sur place (c'est ce que demande Damas), étudié les pièces du dossier ou est-ce, plus probablement, une réaction automatique qui impute tout et rien au président syrien. Bachar al-Assad a affirmé (dans un entretien à l'AFP, jeudi) que la Syrie ne possède plus d'armes chimiques, détruits par l'Oiac (Organisation pour l'interdiction des armes chimiques) conformément à la résolution de l'ONU de 2013. Pourquoi croire ce que dit François Hollande et pas ce qu'assure Bachar al-Assad? On attend toujours que les accusateurs occidentaux présentent les preuves de l'attaque chimique présumée contre le quartier d'El Ghouta à Damas en 2013. Quatre ans après on ne connaît toujours pas le fin mot de l'affaire. Récidivant, l'Occident a illico pointé du doigt le régime syrien dans l'affaire de Khan Cheikhoun. «Chassez le naturel, il revient au galop.» En l'occurrence, la raison du plus fort n'est pas (toujours) la meilleure!

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