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Les démons de la campagne

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La campagne électorale est entrée, hier, dans sa deuxième semaine, sans que l'on sente le déclic qui la propulserait en tête des sujets de discussion des Algériens. On en parle dans la rue, dans les cafés, au bureau et même en famille, mais personne ne s'y attarde. La coupure de l'Internet, celle de l'alimentation en eau potable, le prix de la banane et le numéro vert du ministère du Commerce pour débusquer les commerçants indélicats, passent devant l'actualité politique du moment. Il reste que le regard que porte la société sur les législatives du 4 mai prochain n'est pas totalement désintéressé. Les Algériens ont conscience que quelque chose d'important se joue en ce moment. Ils savent que le scrutin n'est pas une étape anodine dans l'histoire du pays. La mobilisation de toute la classe politique est un signe qui ne trompe pas quant au caractère sensible de l'époque que nous vivons. Mais malgré cette prise de conscience, l'impression qui se dégage est que la classe politique demeure en deçà des enjeux de l'heure. Aucun leader n'est sorti des rangs pour donner à cette campagne le petit quelque chose qui la réveillerait. Les dizaines de meetings, les milliers de promesses faites au peuple n'auront, à ce jour, pas servi à grand-chose.
En tout cas, rien n'émerge encore de cette campagne. Chaque formation politique est dans son couloir et déploie un «monologue électoral» que, malheureusement, très peu de citoyens écoutent. Les quelques «accrochages» par meetings interposés rappellent les «luttes d'avant», des disputes de «voisins», sans réel intérêt. En d'autres termes, tout le monde sait l'importance de mobiliser la société et l'enjeu de l'heure, mais personne, dans la classe politique, ne parvient à traduire cette préoccupation de manière suffisamment intelligible et aussi visible pour provoquer un débat au sein de la population algérienne. Celle-ci sait très bien la destination des promesses électorales. Ce qu'elle demande c'est un vrai contenu politique à ces élections. Pourquoi tout le monde y prend part? En quoi une démocratie responsable peut-elle conforter le pays, indépendamment de celui qui le gouvernera? En un mot comme en mille, les Algériens n'ont rien à faire de l'identité de celui qui prendra les rennes du prochain gouvernement. Ils veulent savoir pourquoi et comment une forte participation au scrutin peut être un acte salvateur pour leur pays. Il est entendu, et on le voit, dans l'autre campagne, celle qui se déroule en France que toute nation, aussi démocratique soit-elle, traverse une période de relative fragilité en période électorale. Aucune société n'est à l'abri d'un glissement fascisant ou de risque de division.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, une élection est en même temps un élément essentiel de la souveraineté populaire, mais porte en elle le risque de voir les vieux démons refaire surface. Dans le cas des législatives du 4 mai, le problème est de savoir comment identifier ces démons, en parler pour les enterrer une bonne fois pour toutes.

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