Que disent-ils, mais que disent-ils donc?

Plus de dix jours après son entame, la campagne électorale n'a toujours pas atteint sa vitesse de croisière et les postulants à la députation ont beaucoup de peine à convaincre un électorat sceptique, peu emballé par ce qui lui a été proposé jusqu'ici. Il n'est pas réclamé des candidats d'être des communicants haut de gamme, mais au moins d'apporter un peu de logique et de réalisme à leurs propos. De nombreux problèmes assaillent les citoyennes et les citoyens: le logement et le travail [deux conditions sine qua non pour qui aspire à fonder un foyer], un chômage endémique, la cherté de la vie, la désindustrialisation, une terre qui n'atteint pas à l'autosuffisance alimentaire [l'importation de près de 80% de notre consommation met en danger notre souveraineté nationale] sont autant de thèmes de débats. Ils auraient dû donner aux candidats de faire valoir leurs préoccupations des problèmes auxquels sont confrontés les citoyens, faire des propositions en phase avec ces inquiétudes. C'est sur ces sujets d'intérêt général et national que la campagne électorale devait, aurait dû, même se focaliser. Ce n'est pas le cas. A contrario, les discours creux sans réelle portée sur le devenir du pays font florès. Aucun parti ne dit de manière concrète comment il compte résorber le chômage, ré-industrialiser le pays [il y a quelques années les députés, plutôt que d'inciter à mettre sur pied une industrie automobile nationale, ont voté une autorisation d'importation de voitures d'occasion (AIV) qui eut des répercussions désastreuses pour l'économie du pays], redonner à l'agriculture son potentiel, encourager le tourisme - une véritable manne, à laquelle notre pays tourne le dos alors que l'Algérie [avec ses côtes, ses hauts-plateaux, ses déserts, ses villes historiques] est une véritable mine d'or, inexploitée, à l'abandon. Cela sans évoquer la corruption qui gangrène les milieux sociopolitiques, sur laquelle les candidats à la députation font l'impasse, alors qu'ils devraient avoir des choses à en dire. Le tableau est-il outré? Certes pas, dès lors que des femmes et des hommes qui sollicitent les voix des citoyens ont choisi de ne pas aborder ces thèmes qui, sans doute, fâchent, mais sont combien vitaux pour la stabilité du pays. Nous dépendons de l'importation alimentaire, que proposent les candidats à la députation pour y remédier? La crise pétrolière qui a frappé de plein fouet l'Algérie a eu (surtout) le mérite de montrer la fragilité de notre système économique qui repose essentiellement sur les dividendes du gaz et du pétrole. Ce sont là des sujets qui auraient réveillé les électeurs et braqué leur attention sur les programmes les mieux-disants en l'occurrence. Encore aurait-il fallu que les candidats soient à la hauteur et à défaut, d'être des tribuns, savoir à tout le moins dire avec simplicité des choses graves et accessibles, surtout, intéresser les indécis pour les déterminer à voter. Aussi, ce n'est pas par la diatribe, comme ce leader qui assure que «la rue mène au chaos» ou ces «grands partis» qui, à fleurets mouchetés, se font la guéguerre dans l'objectif de remporter la majorité pour gouverner seuls. La rue et le chaos c'est quand les gens n'ont pas de retour d'écoute, ne peuvent pas travailler, n'ont pas à se loger, ni les moyens de joindre les deux bouts [des produits de large consommation comme la pomme de terre, la tomate, sont hors de prix pour les petites bourses] et d'une manière générale ne peuvent pas se réaliser. Les citoyennes et les citoyens attendent des réponses de ceux qui veulent légiférer et gouverner. Comment ces gens peuvent-ils être crédibles quand soit leurs programmes sont dépourvus des préoccupations des citoyennes et des citoyens, soit incapables d'une vision d'ensemble pour ce pays qu'ils veulent diriger? Par ailleurs, comment des partis qui floutent les visages de leurs candidates, ont le culot de dire «faites-nous confiance» nous sommes la solution? Et vogue la galère!