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De la "tragédie inexcusable" au "crime contre l'humanité"

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Recueillement. C'était la fête pour le monde entier ce jour-là. C'était le 8 mai 1945. La fin de la Seconde Guerre mondiale. C'était la fête pour tout le monde sauf pour les Algériens. Ce même jour, il y a 72 ans, le colonialisme avait décidé de commettre son énième génocide en Algérie. Après les enfumades, les razzias, les déportations, les expropriations, la famine, tout au long du XIXe siècle, les «civilisateurs» français ont retrouvé leurs vieux instincts barbares en se déchaînant contre la population algérienne, notamment à Sétif, Guelma et Kherrata. Bilan de leur folie furieuse: 45.000 morts. Tous des civils. Des hommes. Des femmes. Des enfants. Des vieux. Sans distinction d'âge ou de sexe. Ils avaient sorti tout leur arsenal pour cette sale besogne. L'armée de terre, de l'air, de la marine et même les colons avec les armes qu'ils possédaient chez eux. Ça tirait de partout. C'était l'hécatombe. Pourquoi un tel acharnement? Qu'avaient fait les Algériens pour être assassinés en masse? Rien d'extraordinaire, sinon d'avoir commencé à défiler comme tous les peuples du monde pour marquer la fin de la guerre mondiale. Même à Paris les Français ont défilé ce jour-là pour fêter en plus la libération de leur pays de la domination allemande. Rien d'extraordinaire pour les Algériens qui étaient toujours colonisés et qui ont cru pouvoir demander, eux aussi, la libération de leur pays. Paris était sans gouvernement. Plutôt si, un gouvernement provisoire. Les colons d'Algérie en ont profité pour faire main basse sur le pays. Sans la tutelle de Paris. Ils n'ont pas pu supporter l'image des Algériens demandant, comme tout le monde, la liberté. Les esclavagistes ont «puni» leurs esclaves. 45.000 morts. Avec des moyens ignobles et lâches. Tout un arsenal d'armes lourdes modernes contre une population de civils désarmés et vivant dans la précarité absolue. Ils n'ont pas lésiné sur les moyens pour frapper fort et ainsi «avoir la paix pour dix ans» dixit le général français, Raymond Duval (à ne pas confondre avec le cardinal Duval qui, lui, était contre la colonisation au point où les colons l'avaient surnommé Mohamed Duval), en charge du «maintien de l'ordre». C'était bien vu. Moins de dix ans après, le 1er Novembre 1954, eut lieu le déclenchement de la guerre de Libération nationale. Aujourd'hui nous sommes indépendants. Nous sommes en devoir d'écrire notre histoire pour les générations futures. Du côté des officiels français, la reconnaissance de ces massacres s'avère plutôt difficile. En 2005, sous Chirac, l'ambassadeur français en Algérie les avait qualifiés de «tragédie inexcusable». En 2017, le candidat à l'Elysée (ces lignes sont écrites le jour de son élection plus que probable), Emmanuel Macron les a qualifiés de «crime contre l'humanité». Tollé général en pleine campagne électorale française. Ses propos ont été transformés en «crime contre l'humain». Sémantique ridicule qui ne tue pas. L'important est que nos 45 000 morts ainsi que les centaines de milliers d'autres avant eux et le million et demi après eux, nous font mesurer le lourd sacrifice de nos aînés. Face à nous, la haine des vaincus persiste et persistera encore. Notre meilleur rempart est la lutte contre l'oubli!

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