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Djibouti victime collatérale de la crise du Golfe

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La crise du Golfe a eu une curieuse retombée sur la Corne de l'Afrique où un nouveau foyer de violences menace de se rouvrir. Dans la foulée de la rupture des relations entre le Qatar et le CCG (Conseil de coopération du Golfe), Djibouti a décidé de réduire le niveau de sa représentation diplomatique à Doha, prenant ainsi partie dans un contentieux où, à l'évidence, il n'avait rien à faire. Ce «réaménagement» de la diplomatie de Djibouti [pris entre Riyadh et Doha] outre d'avoir eu un effet inattendu, pourrait être coûteux pour le petit Etat. En effet, dans une réaction immédiate, Doha a décidé le retrait de son contingent militaire stationné - depuis 2008 - aux frontières entre Djibouti et l'Erythrée. Ce tampon qatari assurait la sécurité de Djibouti contre son belliqueux voisin érythréen. Or, à peine les soldats qataris partis, l'Erythrée aurait - selon les autorités de Djibouti - réoccupé le bout de territoire contesté de Ras Doumeira. Ainsi, Djibouti affirme que l'Érythrée a profité du retrait du contingent qatari pour occuper ce territoire disputé. La situation revient à ce qu'elle était en 2008 quand les deux voisins se sont battus pour ce bout de territoire. Ce retour à une situation conflictuelle est de fait la résultante de la prise de position de Djibouti. Alors que sa sécurité est dépendante de la présence des militaires qataris, Djibouti semble s'être fait hara-kiri. Petit territoire coincé entre la Somalie, l'Ethiopie et l'Erythrée, Djibouti a en revanche une position stratégique sur la mer Rouge et le détroit d'Aden. En effet, ce petit territoire se trouve sur le détroit de Bab el-Mandeb, une voie vers le canal de Suez qui est l'une des routes maritimes les plus fréquentées du monde. Une situation qui fait de Djibouti un partenaire recherché par les grandes puissances. Ce qui explique la présence à Djibouti de plusieurs bases militaires étrangères. Ainsi, la France, [certes ancien colonisateur qui connaît bien les lieux], les Etats-Unis sont déjà installés ou entreprennent des démarches (cas de la Chine) pour ce faire. Pour le petit pays c'est là une entrée de devises substantielle. Or, dans la crise du Golfe, Djibouti semble s'être mis dans une situation impossible, entre le marteau et l'enclume, quand il fallait seulement observer la neutralité dans un conflit où Djibouti ne disposait pas de tous les éléments. C'est également le cas pour le Soudan et la Mauritanie qui de même ont rompu leurs relations avec le Qatar. En rompant avec un pays qui assurait la sécurité de Djibouti, ses dirigeants ont mis sa stabilité en équation dans une région, la Corne de l'Afrique, marquée par les guerres et la violence. Or, c'est bien le fait de la stabilité de Djibouti qui a fait accourir les grandes puissances militaires, leur permettant de contrôler autant les mouvements navals dans le détroit de Bab el-Mandeb, que la situation en Somalie et dans les pays voisins. Ainsi, par un étonnant retournement de situation, Djibouti se trouve pris dans les rets d'un contentieux qui le dépasse dont, en fait, il n'en connaît ni les tenants ni les aboutissants. En suivant le mouvement - à l'instar d'un certain nombre de pays arabes et musulmans - en prenant partie dans un conflit qui, en fait, n'est pas le sien, Djibouti va vers l'inconnu. Cela met surtout en lumière la philosophie des monarchies du Golfe quant aux relations qu'elles ont avec les pays «frères», surtout lorsque ces derniers sont dépendants: «c'est avec moi ou contre moi.» Il faut croire que Djibouti qui a fait un choix suicidaire, pour ses intérêts, avait le couteau sous la gorge. En fait, entre Riyadh et Doha y avait-il un choix à faire?

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