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CAF: un changement voulu ou imposé?

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Le symposium organisé à Rabat au Maroc (les 18 et 19 juillet derniers) par la Confédération africaine de football (CAF) a approuvé la restructuration de la coupe d'Afrique des nations (CAN) et de sa périodicité. Ce sont là les deux modifications phares qui, selon leurs promoteurs, vont relooker la «vitrine» de la CAF: la coupe d'Afrique des nations. Toutefois, des questions se posent quant au bien-fondé d'un tel chamboulement. En effet, ces innovations auraient été les bienvenues si elles entraient de plain-pied avec le développement intrinsèque de la pratique du football en Afrique. Est-ce bien dans ce sens que cette «révolution» a été effectuée? Or, nombre d'éléments font douter de la pertinence de décisions qui, outre de bouleverser les calendriers africains (avec notamment un impact sur la Champion's League africaine et la coupe de la CAF dont la périodicité a également été changée) vont freiner l'essor de la performance sportive africaine. En effet, les retouches apportées à la CAN, par l'augmentation du nombre de pays participants de 16 à 24, pose le problème de la capacité des pays africains à accueillir ce challenge. Nonobstant ces carences, aucune adaptation à la nouvelle donne n'a été prévue, ce changement étant applicable dès la prochaine CAN (organisée en 2019 par le Cameroun), alors que les qualifications ont déjà débuté. D'autre part, le cahier des charges sur lequel le Cameroun s'est engagé concernait 16 équipes. Cette modification appelait, à tout le moins, une période de préparation pour que la décision entre en vigueur en 2021. Dès lors, l'empressement à changer de formule en cours de route est particulièrement suspect. D'autant plus douteux que la CAF sait certainement que peu de pays africains ont les moyens d'héberger une compétition à 24 équipes. En fait, dans ce contexte, aux plans financier, infrastructurel (stades et hébergements) communication et de transports, seuls trois à quatre pays africains sont en mesure d'organiser une compétition à 24 équipes. Loger, nourrir, transporter 24 Equipes nationales et leurs supporters est loin d'être une sinécure. Il fallait donc laisser aux pays africains le temps de se préparer à cette nouvelle donne. Cela en présumant qu'elle n'est pas la résultante [malgré la présence à Rabat d'un panel de stars de la balle ronde africaine] de paramètres externes à l'Afrique. Seuls les décideurs «Cafaiens» savent les tenants et aboutissants de cette subite révolution imposée à la CAN. Or, la CAF a agi en la circonstance à la hussarde avec une précipitation que rien ne justifie. Le nouveau président de la CAN, le Malgache Ahmed Ahmed, veut-il déconstruire ce qu'a réalisé son prédécesseur, le Camerounais, Issa Hayatou ou est-il plus ouvert à certaines exigences? Tout le laisse supposer. Le deuxième point d'achoppement et non des moindres consiste dans le changement de périodicité de la compétition africaine de janvier-février (période hivernale) à juin-juillet (en pleine canicule des mois d'été). Outre la chaleur, l'humidité qui rendent le continent infernal durant cette période, il y a le fait qu'en juin et en juillet les joueurs arriveront lessivés, sans tonus. Les décideurs de la CAF ont-ils étudié le climat en cette période de l'année en Afrique et ses retombées négatives, outre le fait que cette période correspond aux fins des championnats en Europe où évolue l'écrasante majorité des joueurs africains? D'aucuns ont vite fait le lien avec les «demandes» (injonctions?) des «puissances» sportives européennes réticentes à libérer leurs joueurs durant les trêves hivernales. Accédant donc aux desiderata des grands clubs européens [employeurs des joueurs africains] la CAF a obtempéré à ces «ordres» sans en mesurer les dangers sur la santé des internationaux africains. En juin-juillet, les footballeurs sont physiquement et moralement sans «jus», ce qui ne manquera pas de se répercuter négativement sur la qualité du jeu des footballeurs, outre les menaces sur leur santé. Cela sans souligner que juin-juillet est aussi la période des transferts inter-clubs. Un télescopage qui pourrait être critique pour le crédit de la compétition phare de l'Afrique du football. Les dirigeants de la CAN y ont-ils réfléchi? En tout état de cause, nous ne voyons pas de quel intérêt est ce chambardement qui remet en question les fondamentaux sur lesquels la CAF et la CAN ont construit leur notoriété.

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