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Paranoïa états-unienne!

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Chaque jour qui passe nous apporte son enseignement. Ce dernier est d'autant plus précieux qu'il est question de politique internationale et de diplomatie. Ainsi, ce qui est tenu pour vrai - la responsabilité des Etats de leurs décisions - n'est pas aussi avéré que l'on pouvait le présumer. Cela pour dire la surprise d'entendre le chef de la diplomatie états-unienne, Rex Tillerson, tancer Pékin et Moscou, pour n'avoir pas su - voulu? - tenir en laisse la Corée du Nord. Ainsi, selon le secrétaire d'Etat des Etats-Unis, la Chine et la Russie sont «responsables» de la «menace» nord-coréenne. Explicitant cette vision insolite de la responsabilité, M.Tillerson indique dans un communiqué: «En tant que soutiens économiques du programme nucléaire balistique de la Corée du Nord, la Chine et la Russie portent une unique et spéciale responsabilité dans l'augmentation de la menace pour la stabilité régionale et globale.» Pékin [et également Moscou] porterai(en)t donc une «responsabilité spéciale» dans ce que fait la Corée du Nord. Tiens donc! A la bonne heure, sommes-nous tentés de dire! En voilà une logique qui remet à plat les fondamentaux de la diplomatie mondiale. En fait, Tillerson révolutionne le concept des relations internationales par l'implication (par procuration?) d'un pays tiers dans les décisions prises - souverainement - par un autre pays. La Corée du Nord a, certes des relations de toute nature avec la Chine et la Russie. Cela ne veut pas dire que Pyongyang est tenu de soumettre à ses partenaires les initiatives qu'il estime nécessaire pour sa défense et sa sécurité. Aussi, à suivre le chef de la diplomatie états-unienne, tout pays qui entretient des relations avec un autre pays - notamment au plan militaire - aurait droit de regard sur ce qu'il fait dans ce secteur. En fait, cela ouvre des perspectives. Ainsi, prenant au mot le raisonnement de Rex Tillerson, les Etats-Unis, qui soutiennent économiquement et militairement Israël [en novembre 2016, avant de quitter la Maison-Blanche, Barack Obama - qui assura: «Comme je l'ai répété, l'engagement de l'Amérique pour la sécurité d'Israël est inébranlable» - avait alloué 38 milliards de dollars d'aide militaire à Israël jusqu'en 2026] sont directement responsables outre du développement de l'arsenal atomique et balistique israélien, mais aussi des assassinats et des guerres menées par Israël contre les Palestiniens et contre les pays arabes. Voulant confondre la Russie et la Chine, le chef de la diplomatie des Etats-Unis ouvre surtout la boîte de Pandore. Car, en fait, la «responsabilité spéciale» des Etats-Unis dans les guerres qui ont marqué le monde durant les 60 dernières années est pleinement avérée. Les missiles israéliens Arrow ont été essentiellement financés et développés à partir de technologies états-uniennes. Or, ces missiles, outre de menacer le Monde arabe, menacent également les capitales européennes, comme s'en est vanté (en 2010) le professeur Martin Van-Crevel, référence mondiale des guerres de basse intensité, selon lequel Israël pointe des têtes nucléaires sur les principales capitales européennes. Ainsi, selon cette logique, les Etats-Unis menacent directement l'Europe. Certes, les arguments énoncés par Tillerson, ne s'appliquent pas aux Etats-Unis qui parrainent qui ils veulent sans avoir à en rendre compte. Toujours avec cette vision manichéenne des choses, notons cette affaire du double veto russo-chinois qui bloqua une résolution du Conseil de sécurité sur la Syrie en 2014 soulevant une tempête dans les cercles occidentaux. Or, cela a été l'une des rares fois où Moscou et Pékin ont fait usage de leur veto. Ce qui n'est pas le cas des Etats-Unis qui en usèrent plus de cinquante fois pour stopper une résolution du Conseil de sécurité contre Israël. Ce qui n'est pas surprenant dès lors que Washington estime être le «bien» et tous ceux qui ne se plient pas à son diktat représentent le «mal». Ainsi, les Etats-Unis qui s'accordent tous les droits limitent ceux des autres. Ainsi, restant sur cette trajectoire, le même Tillerson trouva «injustifié», lundi dernier, le fait que la Russie réduise le personnel de l'ambassade des Etats-Unis à Moscou en riposte aux sanctions prises par le Congrès états-unien. Washington avait le droit de sanctionner la Russie et de réduire son personnel diplomatique, pas Moscou dont la décision souveraine serait arbitraire à en croire le chef de la diplomatie états-unien. C'est le même cas de figure pour la Corée du Nord condamnée pour avoir effectué le test d'un Icbm, essai «normal» pour les Etats-Unis qui ont réussi cette semaine le test d'un missile «tueur» de missile. Les Etats-Unis se donnent le droit et les moyens de renforcer leur arsenal nucléaire, mais l'interdisent aux autres. De fait, selon l'ONU, trois pays, les Etats-Unis et Israël (et la Chine) bloquent l'entrée en vigueur du Ctbt (Comprehensive Test Ban Treaty) en refusant de parapher le traité d'interdiction totale des essais nucléaires. Nous en restons encore et toujours à «faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais».

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