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La tomate jetée dans les oueds

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Coordination. Le développement de l'agriculture sera compromis tant que l'aval de ce secteur n'est pas repensé plus sérieusement. Le cas de la tomate industrielle de Chlef, qui vient d'être marquée par une augmentation de production que l'unique unité de transformation privée n'a pas pu absorber, illustre on ne peut mieux l'aberrante gestion de cette filière. Qu'on en juge! Il a été décidé d'augmenter la surface exploitée de la tomate industrielle dans cette wilaya. Celle-ci est passée de 600 ha l'an dernier à 1076 ha cette année alors que le rendement à l'hectare est resté stable autour de 800 quintaux. Ce qui veut dire que, les responsables savaient que cette année la production allait doubler. Or, l'an passé, seule la moitié de la récolte, soit près de 600.000 tonnes sur une récolte de 1200.000 tonnes, a pu être transformée. L'autre moitié a donc été jetée. Malgré tout on double les surfaces cultivables sachant que les capacités de transformation restent les mêmes. Ce qui veut dire aussi que cette année ce n'est pas 600.000 tonnes de tomate industrielle de Chlef qui seront jetées, mais le double. Le transformateur privé a tenté de limiter les dégâts en se dotant d'une deuxième ligne de production, mais sans éviter le monumental gâchis prévisible. Il ne s'agit plus d'un dysfonctionnement, mais d'une planification de l'échec. Chacun sait que la filière de la tomate industrielle a connu ses moments de gloire dans les années 1970 avec les champs de culture de la région d'Adrar. Puis la culture s'est étendue à l'est du pays jusqu'aux années 1990. En moins d'une décennie, pas moins de 25 000 ha ont été supprimés. Une dizaine d'usines de transformations ont fermé leurs portes. Commence alors l'importation massive du double et triple concentré de tomate. Ce n'est qu'en 2008 que la surface réservée à la tomate industrielle est passée de 7000 ha à 17.000 ha. Sauf que les capacités de transformation n'ont pas suivi. On peut résumer cette absurde situation par une très mauvaise coordination. Lorsque l'agriculture décide d'augmenter les surfaces de production, l'industrie ne suit pas mécaniquement en augmentant les capacités de transformation. Résultat: 60% de la production de la tomate industrielle de la région de Chlef n'a pas pu être récoltée. «De grandes quantités sont jetées dans les oueds au vu des chaleurs régnantes» ont déploré des agriculteurs à l'APS. On apprend qu'il existe une association des producteurs de la tomate industrielle. Son président a annoncé que des mesures seront (notez l'emploi du futur) être prises pour créer une coopérative pour «gérer ce genre de problèmes». Combien restera-t-il d'agriculteurs, la saison prochaine, à cultiver la tomate industrielle dont une bonne partie a été jetée cette année? Pas assez pour de nouvelles unités de transformations. Et la boucle est bouclée!

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