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Quel dirigeant pour la commune?

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Le corps électoral est convoqué pour le 23 novembre au titre du renouvellement des APC et des APW. Les citoyens auront donc à élire les conseils municipaux et de wilaya (ces derniers ouvrent, indirectement, la porte du Sénat). Nos maires et nos futurs sénateurs sont-ils des politiciens? La question, on se l'est posée dans ces colonnes: la réponse est loin d'être concluante. En effet, il n'y a pas d'hommes d'Etat en Algérie! C'est une lapalissade que de le dire, tant la chose semble évidente. Il est patent aussi, que l'on ne naît pas «homme d'Etat», on le devient. Par la pratique au jour le jour qui est la militance, le syndicalisme, la défense des droits de l'homme et des libertés qui en découlent, par la gestion, entre autres, de commune, premier échelon de la formation à la stature d'homme d'Etat. Ainsi, ailleurs, gérer une commune ouvre la voie à des postes plus valorisants de ministres ou encore plus haut. Il est évident que la commune algérienne n'est pas, n'a pas été destinée à former des «hommes d'Etat». Or, la commune est un «mini-Etat» où le futur homme d'Etat fait ses «humanités», c'est-à-dire la gouvernance en milieu réel. Aussi, seule la pratique fait d'un politicien un homme d'Etat. Un homme qui a des idées, des convictions, qui sait exposer les enjeux, comme expliquer ses décisions et ses actes. Ce n'est certes pas du président de l'APC que l'on attend de telles aptitudes. En fait, ce n'est pas ce que l'on demande aux «maires» de nos communes, mais l'obéissance et l'exécution des directives. Or, à l'échelle de la commune, les élections municipales confinent à une «présidentielle» locale dont l'aboutissement n'est autre que la conquête du pouvoir, qui ailleurs ouvre des horizons et des portes à une carrière politique. Cela n'est pas programmé pour la commune algérienne et le président de l'APC reste un fonctionnaire sans perspective, un apparatchik (homme d'appareil) - souvent inconnu du public - vivant dans l'ombre du parti. Le cercle vicieux! Certes, la politique est, et reste, l'art du possible, essentiellement l'art de gouverner. Ce qui remet sur le tapis, l'homme d'Etat. Mais l´Etat, c´est quoi? Qui sont les hommes et les institutions censés le diriger? Max Weber a défini l'Etat en une phrase: l'Etat, dit-il «est avant tout une institution, il est à la fois processus et fruit d´un processus». Dit ordinairement, cette «entreprise», «l'Etat» est en constante évolution, en étant elle-même l'effet (la retombée) de cette évolution. Donc, plus largement, l'Etat c'est, certes, le gouvernement, mais aussi ses démembrements que sont les communes et les wilayas, avec en haut de la pyramide la présidence de la République. Or, dans le système politique algérien, il n'y a pas continuité entre la base de l'Etat, la commune donc, et le gouvernement du fait qu'il n'existe pas de délégation de pouvoir, passerelle qui donne au maire l'autorité dont il a besoin pour prendre des décisions qu'il estime nécessaires pour sa commune. Décisions qui pourraient être à caractère politique. Ce qui explique qu'un maire en Algérie a très peu de chance de se voir offrir une carrière politique, aboutissement des efforts consentis. Le fait même que les leaders des partis politiques ne se présentent jamais à ces joutes électorales, [de basse catégorie que sont les élections communales et de wilaya] est significatif du peu d'importance qu'ils accordent aux fondamentaux de l'action politique qu'est la commune. En fait, ces leaders ne se présentent même pas à la députation, mais peuvent devenir sénateurs, sans être élus, du fait du tiers-présidentiel. Avec ce constat: à l'exception du président de la République, les principaux dirigeants du pays - Premiers ministres (rarement députés ou sénateurs) et les ministres occupant des postes de souveraineté - ne sont pas des élus. Pourquoi les leaders des «grands» partis ne postulent-ils pas aux mairies des métropoles algériennes? Notons, au passage cette aberration qui fait que le poste de maire de notre capitale est vacant depuis une quarantaine d'années. A l'occasion de visites de maires de capitales étrangères, c'est le wali d'Alger qui fait office de premier édile de la ville. En France le gouvernement du président Macron, comprend plusieurs maires dont le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, qui était en 2015 à Sétif pour le jumelage de sa ville, Lyon, avec la métropole des Hauts-Plateaux. Aussi, homme d´Etat, on le devient. Comme toute chose, la politique, cela s'apprend. Or, pour devenir un politicien, a fortiori, un «homme d'Etat», il faut qu´il existe un certain nombre de modalités et principes pour permettre l´éclosion de ces hommes d´Etat. Ces principes existent-ils? Dès lors, l'absentéisme massif, peut s'expliquer de lui-même, par l'absence même de cet interface qu'est le maire-homme d'Etat, capable de prendre des décisions en temps réel, comme engager sa responsabilité pour le devenir de la commune qu'il gère. Nous n'en sommes pas là.

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