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Les labos du chaos

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Les labos du chaos

Si les scientifiques les plus initiés, si les pays les plus industrialisés ne sont pas encore parvenus à faire tomber la pluie du ciel en ces temps caniculaires, en Algérie on provoque des tornades. Faites de pessimisme et charriant des flots d'incertitudes pour mettre le moral de la société en berne, ces bourrasques sont le pur produit de l'aigritude intellectuelle et politique. Ces milieux ont un dénominateur commun: ils ont tous goûté aux délices du pouvoir dont on ne guérit pas apparemment. Ejectés pour une raison ou pour une autre, ils retrouvent le «bon» sens, la «bonne» parole et le «bon» conseil en se recyclant dans la fabrique et le packaging du chaos, un marché politiquement porteur en ces temps de crise économique induite par l'affaissement des recettes pétrolières.
Après l'avoir déclaré mal élu, malgré le verdict de l'urne, après l'avoir disqualifié malgré ses réalisations, ces milieux avancent, passant outre l'avis médical, que le président Bouteflika est inapte à gérer le pays. Les débats, les analyses et les commentaires les plus farfelus fusent autour du président. Les diatribes sont légion à chaque échéance électorale et en l'absence de vrais débats, on s'engouffre dans la facilité: il faut destituer Bouteflika. L'offensive fait rage depuis ces derniers jours.

La charge a été telle que le président du Parlement, Saïd Bouhadja, a été contraint de rappeler dans son discours d'inauguration de la session parlementaire que le président de la République «a été plébiscité par le peuple algérien à l'issue d'un suffrage transparent et démocratique», insistant que «les élections sont la voie unique de la légitimité et que le développement de l'édifice démocratique et son ancrage ne pourront se faire sans le respect des institutions constitutionnelles». Or, cette voie n'intéresse pas les promoteurs de la destitution de même qu' «ils sont restés sourds aux classifications apportées à ce sujet par l'éminente constitutionnaliste Fatiha Benabou. Elle affirme que c'est le Conseil constitutionnel qui doit prendre l'initiative expliquant que «personne ne peut saisir le Conseil constitutionnel pour que celui-ci constate l'état d'empêchement du président de la République». Plus explicite, elle ajoute: «Le texte dit que la décision de la constatation doit être prise par le Conseil constitutionnel à l'unanimité des membres. Si un seul membre du Conseil constitutionnel refuse de constater, la procédure s'arrête.»
La voie légaliste est loin de convaincre les aoûtiens de 2017. Noureddine Boukrouh, l'homme aux 108 voix durant les législatives de 1991,- admirez l'ancrage électoral!- convoque l'armée pour accomplir le job de la destitution. Quelle que soit la finesse du stratagème, inviter l'armée à s'impliquer dans un terrain strictement politique est une grande maladresse qui nous replonge dans l'époque où la démocratie derrière un char était un modèle défendable. Intellectuel et ancien ministre de la République, le fondateur du PRA, n'ignore pas que lorsqu'on veut dérailler un système démocratique, quelles que soient ses imperfections, c'est la voie qui sera grande ouverte à des lendemains incertains. On comprend maintenant les sombres prévisions de M. Boukrouh. En juin 2015, il déclarait à la presse avec une certitude prophétique que «l'Algérie sombrera dans un autre bain de sang avant la fin de cette décennie, il y aura deux millions de morts, si les choses ne se corrigent pas dans les deux ans à venir». Avant lui, d'autres ont prédit le pire quelques mois après le début du printemps arabe. Amas de décombres, l'Algérie est morte et il ne reste plus qu'à préparer la mise en terre. La messe est dite.. Amen.
Mais au-delà du contexte actuel, c'est ignorer les ressorts profonds de cette société qui a résisté à l'une des plus horribles hordes terroristes. Ce n'est pas un slogan de circonstance, mais un fait de notre histoire récente, bâtie sur le socle des principes de Novembre et du congrès de la Soummam.
Sans pérorer sur le «pourquoi» et le «comment» de nos échecs, on retient seulement que nous n'avons pas su transformer une décennie d'opulence en richesse et une victoire sur le terrorisme en modèle. Nous comptabilisons bien nos échecs, mais nous ignorons nos victoires retentissantes. C'est une évidente brèche pour un débat de fond concernant notre avenir économique. Malgré la dépression financière qui, de toute façon, mine tous les pays producteurs de pétrole et qu'il convient désormais de gérer l'argent du pays avec parcimonie, avons-nous besoin des multiples crises insignifiantes qui sont venues se greffer sur cette situation économique?

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