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cicatrices d'hier

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Relookée en l'honneur d'une élection présidentielle qui a porté à sa tête, Abdelaziz Bouteflika, l'Algérie s'apprêtait en ce mois d'avril 1999 à sortir d'une dynamique infernale pour entrer dignement dans le troisième millénaire. Le pays était exsangue, mis à feu et à sang par la barbarie terroriste et miné par la haine. La guerre civile, un qualificatif qui était tabou à l'époque, a plongé le pays dans le chaos et aggravé une situation sociale déjà catastrophique. La lourde facture a été payée en sang et en larmes par le peuple algérien: le conflit a causé près de 200.000 morts, des dizaines de milliers de blessés, des centaines de milliers de citoyens qui ont fui leurs villages et douars et près de 7000 disparus. A cette comptabilité macabre, s'ajoute une saignée aux conséquences incommensurables pour le pays. Des milliers de valeureux cadres, de créateurs, d'intellectuels et d'artistes qui, pour échapper aux hordes terroristes ont été poussés à l'exil forcé privant ainsi le pays d'une part importante de ses forces vives. Devant un tel paysage d'apocalypse, peut-on parler de perspectives de paix?
Etait-il possible d'imaginer un jour, que les Algériens pouvaient retrouver cette joie de vivre, qu'ils pouvaient s'attabler, hommes et femmes, sans crainte, à une terrasse de café à Alger? Bravant les haines, la cohorte des archaïsmes et même l'arrogance occidentale, le Président Bouteflikla jette un pavé dans la mare: «Oui, la paix est possible en Algérie!». «Ne rougissons pas de vouloir la lune, il nous la faut!». Au cours de sa campagne électorale, en 1999, il s'est déclaré franchement favorable à un «dialogue sans exclusive» et partisan d'une «Réconciliation nationale». Un flot de critiques accueille cette proposition surtout que Monsieur Bouteflika a clairement laissé entendre qu'il voulait trouver un compromis avec les islamistes, pour sortir définitivement l'Algérie de cette spirale de violence. C'est dans un contexte de déchirement au sein même des sphères dirigeantes du pays, entre ce qu'on appelait à l'époque les réconciliateurs et les éradicateurs que Abdelaziz Bouteflika s'est attaqué à cet immense chantier de la Réconciliation nationale. Fin analyste, il a d'abord procédé à un diagnostic approfondi de la situation. D'abord, les affrontements meurtriers entre l'armée et les terroristes ont presque cessé. Rejetés par le peuple qu'ils n'ont pas pu entraîner dans leur aventure, et militairement écrasés par les forces de l'ANP et la mobilisation citoyenne, les islamistes ont consommé l'échec militaire. Ils ont perdu la guerre. L'Algérie vient de marquer, pour la seconde fois, en lettres de sang l'histoire des temps modernes: Après la guerre de libération contre l'armée coloniale, elle vient de gagner celle contre le terrorisme islamiste, ce que le Président Bouteflika a bien décelé dans son diagnostic. Avant d'administrer son remède, il relève aussi un autre élément déterminant. C'est que la voie militaire étant désormais une impasse, une partie des islamistes souhaite effectivement la paix pour pouvoir réintégrer, moyennant quelques compromis, le cadre politique traditionnel. «Le fruit de la réconciliation» était mûr, il est désormais possible de mettre en route un mécanisme d'apaisement pouvant conduire à la fin de la guerre civile. Mais il fallait procéder par doses homéopathiques. Six semaines après son élection, le 29 mai 1999, le Président Bouteflika s'adressait à «ceux qui ont été pris dans la tourmente, mais dont la conscience a réprouvé les voies de la violence aveugle» et proposait «aux égarés, de reprendre leur place dans la société». Aussitôt, Madani Mezrag, chef de l'Armée islamique du salut (AIS), bras armé du FIS dissous, annonçait «l'abandon définitif de la lutte armée». C'était le projet de loi pour «la Concorde civile» plébiscitée par voie référendaire à 90% de votants, le 16 septembre 1999. Ce premier «vaccin», a été suivi d'un rappel. Le 15 août 2005, le Président Bouteflika annonçait un nouveau référendum sur la «Charte pour la paix et la Réconciliation nationale.» Dans un geste gaullien, Monsieur Bouteflika promet de démissionner si le résultat est négatif. Un compromis politique était donc possible, permettant à l'Algérie de se consacrer à ses problèmes principaux, économiques et sociaux. Et à ses citoyens de sortir enfin de l'effroi. Le chemin a été sinueux et semé d'embûches. Il a fallu beaucoup de tact et de dextérité, dont seuls les vieux routiers de la politique avaient le secret. Personnalité de premier plan, Abdelaziz Bouteflika fut un brillant ministre des Affaires étrangères du défunt président Boumediene, et réussit à faire de l'Algérie la première puissance diplomatique d'Afrique. Tribun hors pair, habile négociateur, dont les adversaires reconnaissent l'intelligence, Bouteflika connaît parfaitement les labyrinthes du système politique algérien. Il fallait parfois ruser, peser les rapports de force et surtout négocier. Et la paix fut enfin en Algérie...

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