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Catalogne, effet domino?

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Les Catalans sont appelés aujourd'hui - s'ils ne sont pas empêchés par les autorités centrales espagnoles - à se prononcer par référendum sur l'indépendance de la riche province du nord de l'Espagne. De fait, le bras de fer entre le gouvernement régional catalan et les autorités de Madrid s'est durci ces derniers jours. La justice avait beau interdire le référendum, la Cour suprême le déclarer inconstitutionnel, la police saisir les bulletins de vote et la justice mettre les scellés sur les bureaux de vote, rien n'y fait, les initiateurs de la consultation sont déterminés à passer outre. Il y avait sans doute moyen pour les autorités espagnoles de prévenir cette tentation indépendantiste en allant au-devant des demandes des Catalans. A l'évidence, Madrid a choisi la force, obtenant le contraire de ce qu'elle voulait. En effet, les Catalans n'étaient pas tous favorables à l'indépendance, loin s'en faut. Toutefois, la brutalité de la police espagnole, a eu l'effet inverse, faisant retrouver aux Catalans force et unité face au pouvoir central. Ce qui était un test pour les indépendantistes, sans la certitude d'avoir une majorité, pourrait alors se transformer en plébiscite pour l'indépendance. Le gouvernement espagnol aura fait en l'occurrence tout faux donnant une autre dimension à une consultation qui nétait pas décisive dans le contexte espagnol actuel. De fait, intervenant après celui organisé en Ecosse en 2014, le référendum catalan constitue une nouvelle étape pour les minorités européennes. Celles-ci suivent avec attention une consultation dont les résultats auront des retombées européennes. La question des minorités est sensible est le moins qui puisse être dit est que Madrid n'a pas sû l'appréhender correctement, recourant d'emblée à la force et à l'intimidation. Plus souple, Londres avait autorisé les indépendantistes écossais à organiser leur référendum en 2014. Le fait est qu'il existe un problème de minorités en Europe que les gouvernements européens refusent de traiter. D'ailleurs, le silence de l'Union européenne, qui s'est abstenue de tout commentaire, en dit long sur l'embarras de Bruxelles face à l'éveil des minorités nationales. Que ce soit au Royaume-Uni (Ecosse), en Espagne (Catalogne, Pays basque), en France (Corse, Alsace-Lorraine, Bretagne, Basques)... les minorités européennes veulent avoir droit de cité et exister. L'Europe ne peut faire mine de défendre les «petites» minorités européennes (Roms, Tziganes, Vlachs, Ruthènes, Gorani...) et dans le monde tout en ignorant ou fermant les yeux sur les demandes des «grandes» minorités de ses Etats membres. Il n'y a pratiquement pas de pays en Europe qui n'a pas une minorité plus ou moins marginalisée, plus ou moins oubliée ou exclue des affaires. De fait, l'Union européenne fait montre d'hypocrisie qui défend les droits des minorités ailleurs dans le monde tout en étouffant les droits de ses minorités sur ses territoires. Après, l'Ecosse, la Catalogne passe à l'épreuve de la consultation référendaire, ouvrant une brèche dans le glacis érigé par les grandes puissances européennes qui ont désocialisé leurs minorités. D'autant plus que l'Union européenne, et les pays européens confrontés à la grogne et aux revendications indépendantistes et/ou autonomistes de leurs minorités, redoutent la «contagion» qui pourrait avoir un effet domino, que les forts en thème européens n'avaient certainement pas considéré, quand ils ont mis les pieds dans l'engrenage en aidant et en s'empressant de reconnaître comme «Etat indépendant» la province serbe du Kosovo. L'Europe a de fait créé un précédent dangereux, qui fait fi du droit international et de la Charte de l'ONU.. Notons qu'en juin 2016, l'Ecosse avait voté pour le maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne, alors que l'Angleterre, notamment, avait voté pour la sortie de l'UE. C'est dire qu'il est sans doute facile d'opposer des stéréotypes sur les minorités alors que la réalité est autre. Par ailleurs, les Européens focalisent sur la fiabilité d'une Catalogne ou d'une Ecosse indépendante. De fait, le problème n'est pas dans la fiabilité des minorités qui revendiquent l'indépendance, mais dans le fait entraînant d'une victoire des indépendantistes, ouvrant la voie à la désintégration de certains grands pays européens. Qu'ont fait les Etats pour qu'il n'en soit pas ainsi lorsqu'ils ont isolé les minorités, réprimé leurs cultures, leurs langues et coutumes, brimé les diversités et les différences, que les dirigeants dominants n'ont pas compris, surtout pas voulu comprendre. Ils ont donné à l'Ecosse, à la Catalogne des raisons de s'autodéterminer.

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