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Ican et les défis nucléaires

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L'attribution du Nobel de la paix à l'Ican [Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires,] une coalition d'ONG contre la prolifération nucléaire reste de fait symbolique, quoique importante dans le contexte de tensions actuelles. Une récompense attendue pour un groupe qui s'est signalé ces dernières années par une campagne pugnace pour l'abolition et l'interdiction des armes de destruction massive. De fait, l'Ican était derrière l'adoption, à la fin du mois dernier, par l'Assemblée générale de l'ONU d'un texte interdisant l'usage et le stockage des armes nucléaires. Toutefois, les campagnes contre la prolifération nucléaire, de même que les textes produits par l'ONU dans ce sens, sont et resteront sans effet, tant qu'il n'existe pas une institution indépendante de contrôle disposant de pouvoirs autrement plus dissuasifs que ceux attribués à l'Aiea [Agence internationale de l'Energie atomique, dépendante de l'ONU]. Il n'existe pas présentement d'organisme capable d'expertiser sans entraves tout pays, quelle que soit sa puissance ou son statut dans ce secteur particulier. Aussi, les choses resteront-elles en l'état et rien ne changera. En effet, les premiers responsables de la dissémination nucléaire sont les grandes puissances qui focalisent sur les autres pour faire oublier leur propre implication dans la propagation sans contrôle du nucléaire. Le monde se concentre sur la Corée du Nord et l'Iran, alors que le danger de la prolifération est d'abord celui des pays détenant l'arme atomique, échappant aux contrôles, principaux agents de la diffusion du nucléaire. Dès lors, la prolifération nucléaire a ses auteurs: ceux qui en détiennent le savoir-faire. C'est, en particulier, la France et les Etats-Unis qui ont aidé Israël à mettre le pied à l'étrier - devenue une puissance nucléaire de fait, mais non déclarée, sans que quiconque y trouve à redire, qui refuse, en outre, toute expertise de ses centrales par l'Aiea, se permettant de prendre la tête de la campagne contre l'Iran et des pays arabes accusés de vouloir acquérir la bombe atomique - qui s'indignent que la Corée du Nord s'arroge le droit de se protéger des menaces états-uniennes notamment. Les grandes puissances qui, certes, se sont débarrassées - ou sont en train de le faire - de leur ancien stock nucléaire, ne l'ont fait qu'après avoir acquis des vecteurs plus performants, plus sophistiqués, plus meurtriers. Arrêtons ces hypocrisies - y compris celle de l'ONU quand l'Aiea n'arrive pas à visiter et contrôler ne serait-ce que le nucléaire israélien - alors que le danger nucléaire est vu uniquement au travers de la lorgnette occidentale. Ce sont les Occidentaux qui rythment et donnent le «la» aux campagnes contre l'Iran, la Corée du Nord, contre l'Irak - envahi et détruit par les Etats-Unis en 2003 - et souvent contre des pays arabes soupçonnés de mettre au point un programme nucléaire militaire. En fait, des pays se trouvant du «bon côté de la barrière» décident de tout, de que doit être le nucléaire alors que la «masse» doit se soumettre aux injonctions et autres oukases. Lorsque le 20 septembre dernier l'Assemblée générale de l'ONU a adopté un document interdisant l'arme nucléaire, les premiers à s'être indignés et qui s'y sont opposés ont été les puissances nucléaires occidentales, par la voix de l'Alliance atlantique. L'Otan a ainsi assuré que «chercher à interdire les armes nucléaires par un traité qui n'engagera aucun Etat possédant effectivement de telles armes ne sera pas efficace, ne réduira pas les arsenaux nucléaires, ne renforcera la sécurité d'aucun Etat, et ne contribuera pas à la paix et la stabilité internationales». Les 122 Etats qui ont adopté le texte de l'ONU sur les armes nucléaires ont donc voté pour un chiffon, bon à jeter à la poubelle. C'est du moins ce qu'assurent les détenteurs de l'arme atomique qui ne sont pas prêts à se plier à la majorité des pays du monde qui est contre l'usage militaire du nucléaire. Or, jamais le monde n'a été aussi proche d'un usage de l'arme atomique. Depuis l'arrivée de Donald Trump à la tête des Etats-Unis, le monde n'est plus sûr et la seule menace d'un usage «inapproprié» du nucléaire vient d'abord des Etats-Unis, qui en maintes occasions ont dit que l'option nucléaire était sur la table. Dès lors comment peut-on empêcher des pays de chercher à se protéger en se dotant de cette arme définitive, ou encore à les amener à y renoncer quand l'Occident emploie la menace et l'intimidation? Aussi, l'Occident doit d'abord commencer à balayer devant sa porte!

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