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L'analyse des "six" en 1954

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22, 9 ou 6. Ils étaient une poignée d'hommes parmi les plus valeureux et les plus doués, à avoir décidé de libérer l'Algérie et les Algériens par les armes. Ils ont choisi la date. Dans tout le territoire algérien, des attaques ont eu lieu simultanément, dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954. Sur les lieux, il n'y avait pas que les victimes et les dégâts. Il y avait aussi la proclamation du FLN/ALN. On apprendra par la suite qu'ils étaient six à avoir créé le FLN et l'ALN avant de rédiger «l'appel au peuple algérien». Dès les premières lignes, on comprend ce qui a décidé le passage à la lutte armée. Après avoir constaté que «...notre mouvement national, terrassé par des années d'immobilisme et de routine, mal orienté, privé du soutien indispensable de l'opinion populaire, dépassé par les événements, se désagrège progressivement à la grande satisfaction du colonialisme qui croit avoir remporté la plus grande victoire de sa lutte contre l'avant-garde algérienne...», les rédacteurs de la proclamation précisent que «Devant cette situation qui risque de devenir irréparable, une équipe de jeunes responsables et militants conscients, ralliant autour d'elle la majorité des éléments encore sains et décidés, a jugé le moment venu de sortir le mouvement national de l'impasse...». L'explication est ainsi donnée: «Notre action est dirigée uniquement contre le colonialisme, seul ennemi et aveugle, qui s'est toujours refusé à accorder la moindre liberté par des moyens de lutte pacifique.». Quand on relit cette dernière phrase, aujourd'hui, on mesure mieux leur profonde connaissance de la nature de la colonisation. Ils avaient compris, avant tout le monde, que l'indépendance ne nous sera jamais offerte. Qu'il fallait l'arracher par les armes. Dans cet «état des lieux», Ben Boulaïd (le plus âgé) et ses compagnons ont prouvé toute leur lucidité face aux illusions qui pouvaient faire croire que l'action politique pouvait suffire pour libérer l'Algérie et les Algériens. D'ailleurs et 55 ans après l'indépendance, les partisans de «l'Algérie française» ne désarment toujours pas. Le deuxième volet de leur analyse tient aux moyens nécessaires à la lutte. Au départ, très peu, pour ne pas dire personne, ne croyait à leurs capacités de mener une guerre de libération. Face à la quatrième puissance militaire du monde à l'époque, leur stock d'armes paraissait bien dérisoire. Leurs moyens financiers aussi. On apprendra, trois années plus tard, par Larbi Ben M'Hidi que ce qui n'apparaissait pas aux yeux de tout le monde, les pères de la révolution algérienne l'avaient bien saisi. «Mettez la révolution dans la rue et le peuple la portera!» dit-il aux journalistes lors de son arrestation. C'est avec ces deux axes d'analyse, que les déclencheurs de la révolution de Novembre, avaient pris une sérieuse longueur d'avance sur tout le monde. L'inefficacité de l'action politique dans la lutte contre la colonisation puis l'adhésion massive du peuple algérien, ont été les deux points phares de l'analyse de Ben Boulaïd et ses compagnons. Le dire aujourd'hui, est facile. En 1954, ce n'était pas donné au premier venu. Gloire à nos martyrs!

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