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L'ombre de Timisoara en Libye

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Paravent. Une vidéo de quelques secondes a changé le cours des événements dans la vie politique internationale. Diffusée par la chaîne américaine CNN, la vidéo en question ne montre que deux hommes noirs debout dans la nuit tandis qu'au premier plan un bras anonyme s'agite. Une voix «off» suggère que c'est le bras d'un «commissaire-priseur» qui vend des esclaves. CNN affirme que cela a eu lieu en Libye même si rien, dans la vidéo, ne latteste. Ces quelques images ont pourtant suffi pour «secouer» l'actualité internationale. Il est vrai qu'une vente publique d'esclaves en 2017 aurait de quoi révolter le plus insensible des hommes politiques. Mais sans que personne n'ait émis le moindre doute sur l'authenticité de la vidéo, c'est toute la configuration de la crise que subit depuis 2011 la Libye et les Libyens, qui s'est subitement réduite à cette vidéo. Oubliés les bombardements de l'Otan. Oubliés l'assassinat de Gueddafi. Oubliés les morts et les blessés durant les six ans de chaos. Au fait combien sont-ils ces morts et ces blessés en Libye? Personne n'en sait rien contrairement à tous les autres conflits dans le monde qui donnent systématiquement lieu à des bilans. Oubliée la vidéo de Timisoara en Roumanie qui, rappelons-le, a montré des cadavres de clochards tirés d'une morgue pour faire croire qu'il s'agissait de victimes de la dictature de Ceausescu. Ce qui a permis l'assassinat de ce dernier en direct à la télévision. Quant à la vidéo de CNN, elle a permis de faire table rase de toute l'histoire d'une agression caractérisée contre un pays et son peuple, pour focaliser sur une seule des conséquences de cette agression. Même l'ordre du jour du sommet UA-UE qui s'est tenu en Côte d'Ivoire a été chamboulé par cette vidéo. Dédiée à la jeunesse africaine et à la coopération entre deux continents, les participants à cette rencontre se sont principalement consacrés à réfléchir sur l'esclavage. Les uns recommandent d'envoyer une commission d'enquête, d'autres parlent d'une «Task force» ou «d'évacuations d'urgence». Cependant, toutes les formules envisagées sont inapplicables pour la simple raison que le pays concerné (la Libye) est complètement désarticulé. Alors soit cette histoire de la vidéo aura servi à «noyer le poisson» en réduisant le sort de tout un peuple qui souffre depuis six longues années à un fait divers aussi ignoble soit-il. Soit cette vidéo est tombée à pic pour justifier et planifier une intervention militaire plusieurs fois reportée d'ailleurs. Dans les deux cas de figure cela permet de rendre la crise libyenne encore plus inextricable. Alors que tout le monde en est convaincu, la seule solution de ce problème est politique. Forte de sa propre et douloureuse expérience, l'Algérie n'a pas ménagé ses efforts en ce sens. Il faut cesser de tourner autour du pot. Et si l'on veut réellement régler le problème de l'esclavage, si on veut vraiment régler le problème des migrants et rétablir la sécurité dans la région et en Europe, il faut que le Vieux Continent crée les meilleures conditions à un retour de la paix en Libye. Avec des actes. Pas des discours et des fausses promesses. Et tout rentrera dans l'ordre!

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