Coups de gueule et médiatiques des résidents

Les résidents n'en démordent pas. Ils tiennent à leurs revendications et l'ont fait savoir, hier à partir d'Oran. Les pouvoirs publics savent donc à qui ils ont affaire. La détermination de ce corps médical, à cheval entre l'université et la santé, s'affiche au grand jour. Tantôt étudiants soumis à un rythme d'enfer, fait de contrôles réguliers d'examens de fin d'année et de fin de cycle, tantôt praticiens, face à une «armée» de malades qui ne sont pas censés s'apitoyer sur les malheurs de leur médecin occasionnel, les résidents sont cette population entre deux portes. Ni encore totalement praticiens ni vraiment étudiants, les résidents sont en situation de transit. C'est sans doute pour cela que l'on n'avait, jusque-là, jamais pris au sérieux leurs «coups de gueule». Mais, il devient clair néanmoins que depuis leur autre «coup», médiatique celui-là, à l'hôpital Mustapha, que cette population mi-étudiante mi-praticienne, existe bel et bien. L'effet d'entraînement aidant, nos résidents ont su surfer sur la vague, jusqu'à réaliser une véritable démonstration de force.
Se pose donc la question de leurs revendications, dont les principales, semblent difficilement réalisables. Les services, civil et national, relèvent en principe de la collectivité nationale. Un médecin n'a pas le droit de décider seul de la politique de santé de son pays. Et si ce pays connaît une situation qui l'oblige à solliciter ses médecins plus que ses aviateurs, ses mécaniciens et ou ses enseignants, ce n'est pas au médecin d'estimer la pertinence de la chose. Nos soldats sont tout autant, sinon plus, sollicités afin d'assurer la sécurité de la patrie. Il en est encore qui y laissent la vie. Le propos n'est nullement démagogique. Il relève d'une simple logique patriotique. Que l'on veuille devenir médecin spécialiste, c'est certainement pour sauver des vies. Sa propre vie est importante, mais elle ne l'est pas plus que celle de l'Algérien de Tinzaouatine qui a droit à la même qualité de soins que son concitoyen d'Alger ou d'Oran.
Cela étant, si le cri de colère des résidents a eu tout cet écho, c'est que forcément quelque chose cloche dans le système de santé national. Il faut certainement se poser des questions sur ce malaise latent que l'Algérie traîne depuis des années. Mais, il serait illogique de travailler sur la seule base des revendications des résidents. Leur mission étant d'une importance stratégique pour toute la communauté nationale, il est impératif que toute la société sache ce qu'il adviendra de la prise en charge des populations vivant dans ce que les spécialistes appellent déjà des déserts médicaux.
Il ne s'agira jamais de contenter une corporation, quelle que soit sa force, au détriment du principe de l'égalité d'accès aux soins pour l'ensemble des Algériens. On peut toujours accuser le système actuel d'être déjà inégalitaire, mais cela ne doit en aucun constituer un prétexte pour le démolir. Il faut, au contraire, militer pour l'améliorer. Franchement, ça devrait être l'une des préoccupations de nos résidents.