Haro sur le nucléaire!

Fidèle à sa démarche provocatrice, le président des Etats-Unis, Donald Trump, a lancé, vendredi, un ultimatum aux Européens les «sommant» de «durcir» l'accord sur le nucléaire s'ils veulent, «éviter» que les Etats-Unis «s'en retirent». Estimant que c'est le «pire accord» signé par les Etats-Unis, Trump avait déjà refusé en octobre de le «certifier», mettant dans l'embarras ses partenaires européens. Il remet en cause un accord qui a nécessité plus de deux années de négociations entre les 5+1 [Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni (membres permanents du Conseil de sécurité) et Allemagne] et l'Iran. Plus que jamais, Trump est décidé à retirer son pays de l'accord sur le nucléaire iranien. Au regard de l'évolution de la situation, il est probable que l'hôte de la Maison-Blanche saisira la première occasion pour donner le coup de canif décisif à un accord qui a mobilisé pendant plus d'une décennie la communauté internationale. Trump s'en moque dès lors qu'il estime être dans son droit, au nom de la devise «l'Amérique d'abord». Attaquant tous azimuts, Trump s'en prend également durement au nucléaire nord-coréen, menaçant, à partir de la tribune de l'ONU, de «réduire en cendres» la Corée du Nord, si elle n'obtempérait pas à ses oukases. Par ses déclarations intempestives et contre-productives le président des Etats-Unis - du seul fait qu'il dirige la première puissance mondiale - met en péril la sécurité du monde. En une année à la tête des Etats-Unis, Donald Trump, a bouleversé la donne géopolitique mondiale. En mal s'entend, car tout ce qu'il a entrepris jusqu'ici est négatif et remet en cause ce que les nations ont fait pour construire la paix et la sécurité pour tous. La crise nucléaire est ainsi exemplaire en ce sens qu'elle permet de resituer les véritables enjeux géopolitiques du bras de fer opposant en particulier l'Iran et la Corée du Nord aux Etats-Unis en particulier. Aussi, il est paradoxal de noter que le monde se focalise sur le «danger» nucléaire [si danger il y a, certes] que présenteraient l'Iran, la Corée du Nord, l'Irak, la Syrie, la Libye, voire l'Algérie, mais n'a jamais pris en compte le nucléaire israélien, pourtant, le seul qui échappe à la supervision internationale. La non-prolifération nucléaire, au nom de laquelle Washington et l'Union européenne veulent interdire à certains pays [notons également que ce sont des pays du monde musulman (à l'exception de la Corée du Nord) le Pakistan s'étant doté de l'arme atomique avait déjà mis l'Occident devant le fait accompli] de progresser dans la science et la technologie nucléaire ne peut avoir du sens que dans la mesure où tous les pays adhèrent à cette notion de manière cohérente. Comme de sanctionner, si besoin est, de la même manière, les pays qui transgressent les règles. Il est incompréhensible que les autoproclamés «gardiens du temple» fustigent certains pays, tout en fermant l'oeil sur le seul Etat détenant l'arme atomique en dehors du cadre institutionnel international et sans sa supervision pour ce faire. L'Occident qui diabolise l'Iran - soupçonné de vouloir accéder au nucléaire militaire - et la Corée du Nord - qui assume ses choix et le dit - trouve naturel qu'Israël entretienne l'ambiguïté sur son arsenal nucléaire. Or, ceux qui poussent des cris d'orfraies (la France et les Etats-Unis) à propos de l'Iran et de la Corée du Nord sont ceux qui ont mis les pieds à l'étrier à Israël et l'ont aidé à développer son secteur nucléaire militaire. L'Occidernt veut ainsi interdire le know-how technologique à une catégorie de pays, professant l'insoutenable redondance «faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais». La non-prolifération nucléaire a bon dos lorsque un pays comme les Etats-Unis - le plus acharné contre le nucléaire hors de son contrôle - n'observe aucune des règles (auxquelles les USA ont participé à leur mise au point) censées éliminer les armes de destruction massive (ADM). Les Etats-Unis qui se sont engagés, en même temps que les autres puissances nucléaires, à «accomplir l'élimination totale de leurs ADM» sont aussi l'un des rares pays qui refuse de ratifier le Ctbt (interdiction des essais nucléaire, protocole qui complète le TNP, traité de non-prolifération nucléaire). Washington, en matière de lutte contre les ADM, outre de n'avoir pas ratifié le Ctbt (qui implique entre autres un contrôle des équipements nucléaires par des organisations indépendantes) n'a toujours pas paraphé les traités prohibant les mines antipersonnel, les armes biologiques et chimiques. Aussi, la campagne menée par l'Occident contre le nucléaire nord-coréen et iranien aurait été plus crédible si elle s'était accompagnée de la même fermeté envers Israël et si lui-même appliquait les clauses qu'il recommande aux autres.
Or, les Etats-Unis - comme Israël - «estiment» être les décideurs et en droit de réaliser ce qu'ils veulent, tout en interdisant aux autres de progresser. Iran? Corée du Nord? Y a pas photo!.