1% des Terriens capte 82% des richesses de la planète!

Dans leur sécheresse, les chiffres disent sans fard ce que le discours le plus savant ne parvient pas à formaliser. Dit autrement, 75 millions de personnes - sur sept milliards et demi d'habitants de la Terre - ont accaparé, en 2017, 82% des richesses produites par la planète. Jamais fossé n'a été aussi abyssal entre riches et pauvres et les inégalités aussi dramatiques. A la veille du Forum économique de Davos (qui s'est ouvert mardi en Suisse) l'ONG britannique Oxfam a publié un rapport accablant dans lequel elle dénonçait le déséquilibre existant dans le partage des richesses de notre planète. Ce rapport, publié chaque année, à la veille de la réunion de Davos met en exergue les inégalités outrageuses et persistantes entre une toute petite minorité de riches et le reste de la population mondiale. Ainsi, l'ONG appelle à ce que «l'économie fonctionne pour tous et pas uniquement pour une minorité de riches». Le hic, ce sont les riches qui ont les clés du pouvoir et de l'économie mondiale. Ce sont eux qui définissent les options et le mode de fonctionnement de celle-ci. Ils ne sont pas prêts - ils ne l'ont jamais été en fait - à revoir dans un sens plus équitable les profits à tirer des ressources de la planète et du travail de millions de personnes. Des ouvrières et des ouvriers exploités par les multinationales qui tirent des dividendes faramineux de la force de travail de salariés assujettis à un véritable esclavagisme. On n'en parle pas, ni on ne l'explicite suffisamment, mais les délocalisations des usines de production dans les pays pauvres sont un des supports essentiels du «boom» économique que connaissent les grandes multinationales. De fait, ce sont elles qui décident des choix à faire pour l'économie mondiale et définissent des priorités qui sont d'abord les leurs. Ainsi, la mondialisation que l'on présentait comme la panacée, s'est avérée être le tombeau d'un développement mondial mesuré, en étant profitable aux seules élites économiques. Les riches en fait n'ont pas de patrie elle est représentée par le dollar, l'euro et autres monnaies fortes. En effet, ce ne sont pas uniquement les pays dits en développement qui subissent de plein fouet la donne économique mondiale, mais également les pays industriels traditionnels comme les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni... En France, les usines ferment les unes après les autres. C'est aussi le cas aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Ces industries qui ont fait leur prospérité n'étaient plus rentables du point de vue de leurs managers dès lors que les marges de leurs bénéfices se sont réduites. Les grandes multinationales ont dès lors délocalisé leurs usines dans les pays en développement, où les populations au chômage étaient prêtes à travailler pour un vil prix. Aux Etats-Unis un ouvrier monteur - juste un exemple pour fixer les idées - touche dans les 30 dollars l'heure de travail. Pour le même boulot dans un pays en développement, l'ouvrier touche (en monnaie locale) moins d'un dollar l'heure de travail. Ainsi les grands patrons récupèrent dans ces pays le centuple de ce qu'ils auraient perdu en restant dans leurs pays d'origine où les travailleurs sont exigeants tant sur le salaire, les conditions de travail, la sécurité du travail, les assurances etc. Tout cela revient cher aux entreprises contraintes à des investissements énormes, qui investissent à peu de frais dans les pays de délocalisation. Or, la délocalisation, outre la fin du pouvoir des citoyens, ce sont les licenciements abusifs, la déstructuration du tissu industriel et l'affaiblissement de l'Etat comme décideur économique. Cela s'appelle la mondialisation, induisant des suites préjudiciables sur le développement des pays et de leurs sociétés. En 1997, le FMI (Fonds monétaire international) définissait la mondialisation comme étant «l'interdépendance économique croissante de l'ensemble des pays du monde, provoquée par l'augmentation du volume et de la variété des transactions transfrontières de biens et de services, ainsi que des flux internationaux de capitaux, en même temps que par la diffusion accélérée et généralisée des nouvelles technologies». On sait aujourd'hui que ce sont les économies des Etats qui sont assujetties aux multinationales, au dollar [le crime d'El Gueddafi est d'avoir voulu donner à l'Afrique sa propre monnaie, la soustrayant à la tyrannie du dollar et de l'euro]. A Davos ce sont les milliardaires qui se réunissent entre eux «l'élite économique» mondiale, dont la prospérité est une injure pour des peuples qui disposent de moins d'un dollar par jour pour vivre. Une prospérité que, toutefois, la directrice d'Oxfam, Winnie Byanyima, relativise, assurant que «le boom des milliardaires n'est pas le signe d'une économie prospère, mais un symptôme de l'échec du système économique». Mais le fait est là: 1% de la population de la planète monopolise 82% de ses richesses laissant en marge les 99% autres qui doivent se partager les miettes. C'est celle-là la réalité du monde de 2018.