Les subventions généralisées en question

Pilule amère. «Nous sommes en train de travailler pour voir concrètement comment basculer d'un système de subvention généralisées vers un système ciblé», c'est ce qu'a déclaré, hier à la Radio nationale, Mohamed Benmeradi, notre ministre du Commerce. Ce qui veut dire que la recherche d'une solution se poursuit. Ce qui veut dire qu'en attendant, la rationalisation des dépenses publiques ne peut être atteinte. Et que le gaspillage a encore de beaux jours devant lui. Tout récemment, nous avons appris du ministère du Commerce qu'entre 2011 et 2017, près de 12 milliards de dinars (1 200 milliards de centimes) ont été déboursés par les pouvoirs publics pour les seules subventions des prix de l'huile alimentaire et du sucre. Une telle somme pour deux produits seulement. Quelle est la part de la subvention du prix du pain? De celle du lait? De l'électricité? Des carburants? De l'eau? La liste est encore longue. Tout cet argent dont bénéficient, sans distinction, les riches et les pauvres, les résidants et les voyageurs et même les contrebandiers. Avec des travers encore plus graves qu'est le gaspillage de tous les produits subventionnés. On ne mange plus le pain rassis, on le jette à la poubelle. Et on rachète du frais pour pas cher. On boit de l'eau en bouteille et l'eau du robinet sert à laver les voitures. On mange trop de sucre, car il n'est pas cher, jusqu'à se rendre malade. Ce qui entraîne des dépenses de santé supplémentaires. Les subventions ne touchent pas seulement ce que nous mangeons. Toutes les formules de logements distribués par l'Etat le sont à des prix planchers et avec, en plus, des aides financières. Heureusement que dans ce dernier cas, le fichier national de l'habitat bloque les abus. Il n'empêche que tous ces éléments qui s'inscrivent au chapitre des transferts sociaux dans cette recherche d'une solution permettant d'en finir avec les subventions généralisées, le temps qui passe a un coût. Pour 2018, ce temps nous coûtera 1760 milliards de dinars (176.000 milliards de centimes). Ce sont 8% de plus qu'en 2017. Il faut reconnaître que l'Etat fait des prouesses pour ménager le pouvoir d'achat des Algériens. Nos recettes extérieures ne sont plus ce qu'elles étaient en 2014 avant la crise. Et pourtant, l'impact de cette baisse n'est pas ressenti dans la vie quotidienne des Algériens. Et cela fait quatre années que les «airbags» fonctionnent. Plutôt bien. Cela ne doit pas non plus, entretenir chez les citoyens une insouciance qui, à terme, peut être dangereuse. C'est pourquoi, il est urgent de trouver le moyen (à doses homéopathiques) de nous débarrasser du système de subventions généralisées. Car et en plus du gaspillage que cela entraîne, l'assistanat qu'il procure n'est pas la meilleure façon d'inciter à l'entrepreneuriat. Ni même à sauver certains métiers dits «pénibles» ou «salissants». Les effets pervers de la subvention généralisée sont multiples, variés et quelquefois insoupçonnés. En plus de leur aspect injuste!