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Le pain bénit du FMI

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Le Fonds monétaire international (FMI) a organisé lundi et mardi derniers, à Marrakech (Maroc), une conférence régionale sur les réponses à apporter aux «frustrations» qui se manifestent dans certains pays du Maghreb et du Moyen-Orient, avec en corollaire les recommandations d'usage en matière de réformes économiques à appliquer sans tarder. Dirigeants et experts de l'organisme international sont en effet convaincus que leurs recettes, maintes fois éprouvées sous les cieux du continent africain privilégié, pourrait-on dire, en ce domaine, constituent la panacée face aux nombreux problèmes qui minent l'économie d'un grand nombre de pays de surcroît déshérités. Pêle-mêle sont alors évoqués le chômage toujours «endémique», une croissance poussive quand elle existe, et, cerise sur un certain gâteau, une corruption métastasée. Ce sont les facteurs basiques qui motivent le diagnostic du FMI qui s'alarme de la très faible perspective offerte à des centaines de millions de jeunes qui n'ont alors que la migration, cette harga devenue une rengaine en terre maghrébine, fustigeant l'absence de création d'emplois et surtout l'accès au compte-gouttes à des services publics efficients et au coût non prohibitif. Il faut reconnaître que la région maghrébine, entre autres, affiche un palmarès peu flatteur en la matière, le taux d'emploi y étant parmi les plus faibles du monde, sans compter le sort réservé à la gent féminine. Tirant la sonnette d'alarme, le FMI avertit que la population majoritairement jeune (60% de moins de trente ans) «a désespérément besoin d'une croissance plus vigoureuse et de plus d'emplois», sachant qu'en outre, chaque année, il y aura quelque 5,5 millions de jeunes qui débarqueront sur le marché du travail d'ici 2023. Enfin, pour ne pas se désavouer dans un registre où il a toujours su frapper fort, le FMI critique vivement le système d'assistanat dont «souffrent» plusieurs pays qui pompent dans le service public le maximum de postulants à l'embauche, afin d'afficher un taux de chômage moindre.
S'il y a un registre sur lequel la raison du FMI peut sembler la meilleure, c'est incontestablement son plaidoyer pour des réformes prioritaires dans lesquelles la lutte contre la corruption doit être menée radicalement. Suivront les efforts pour l'emploi des jeunes, femmes comprises, l'essor du secteur privé qui demande à être associé activement au développement économique pour peu que son activité ne soit pas fondée sur la prédation et...la corruption, faute de quoi on serait en présence du serpent qui se mord la queue! Parmi les pays directement concernés par la thématique du FMI, on compte le Maroc, la Tunisie, l'Egypte et la Jordanie ne serait-ce que pour la bonne et simple raison qu'ils ont récemment bénéficié de prêts sous la condition expresse de réduire au plus vite leur déficit budgétaire. Les derniers évènements en Tunisie ou au Maroc illustrent bien la quadrature du cercle, sachant que ces prêts du FMI entraînent immanquablement une hausse des prix et une précarité de l'emploi parfois dramatiques, ouvrant la voie à une instabilité dangereuse et à une réaction musclée aux troubles résultant de la rigueur comme méthode de gestion. Certes, le FMI a beau dire qu'il préconise une démarche responsable face à «des problèmes très profonds et qui remontent à longtemps», toujours est-il que la frustration engendrée par la mise en oeuvre de son programme a partout fait tanguer le navire au point de laisser appréhender le risque de son naufrage. La Tunisie qui a obtenu 2,9 milliards de dollars sur quatre ans sous la condition d'un plan de réformes drastiques dont la mise en oeuvre est assortie au versement graduel de la somme convenue apparaît dans une situation dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle demeure préoccupante. Une consolation? si l'on veut, existe car elle n'est pas la seule dans la région concernée.

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