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"Abbas n'a pas le courage de faire la paix..."

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Cette accusation péremptoire a été portée par l'ambassadrice des Etats-Unis auprès de l'ONU, Nikki Haley, contre le dirigeant palestinien. A l'en croire, le président Mahmoud Abbas n'a pas le «courage» nécessaire pour parvenir à un accord de paix avec Israël. Ainsi, aux dires de Mme Haley, ce sont les Palestiniens, dépouillés de tout, qui, décidément têtus, font obstacle à la paix. En guise de mauvaise foi on ne fait pas mieux. Mme l'ambassadrice aurait indubitablement évité ce médit si elle s'était donné la peine de s'informer...auprès des Israéliens de la réalité des faits Elle aurait compris qui s'obstine à refuser la paix. Pas plus tard que mercredi dernier, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu avait réitéré publiquement son rejet d'un Etat palestinien aux côtés d'Israël. C'était lors d'un point de presse en présence du chef de la diplomatie allemande, Sigmar Gabriel. Ce dernier avait déclaré: «Vous savez que l'Allemagne est très favorable à une solution à deux Etats», ajoutant, «J'ai été très reconnaissant d'entendre que le gouvernement israélien, lui aussi, est pour deux Etats (...) avec des frontières sûres pour Israël.» Lui coupant la parole, Netanyahu assure «Non», «(nous disons) que nous devons avoir le contrôle de la sécurité à l'ouest du Jourdain, je crois que c'est la condition première» précisant: «Est-ce qu'on définit cela comme un Etat quand c'est nous qui avons le contrôle de la sécurité? C'est une autre question, et je préfère ne pas discuter des noms qu'on met dessus.» Pour Netanyahu, les choses sont claires, la Cisjordanie doit rester sous contrôle, donc occupée militairement. Comment traduisez-vous cela Mme l'ambassadrice? N'est-ce pas un rejet net d'un Etat palestinien? M.Abbas doit-il avoir le courage de renoncer à la Palestine pour faire la paix avec Israël et satisfaire votre étrange perception de l'équité? Netanyahu faisait écho à Ben Gourion qui affirmait en 1947: «Prenez la déclaration d'indépendance des Etats-Unis, elle ne dit rien des limites territoriales. Nous ne sommes pas obligés d'indiquer les frontières de notre Etat. Les Arabes nous font la guerre. Si nous les battons, la Galilée occidentale (la Cisjordanie, Ndlr) et le territoire de chaque côté de la route de Jérusalem nous reviendront. Pourquoi nous limiter au minimum!». Pourquoi se limiter en effet! C'est ce qui a été réalisé en 1967 lors de la guerre des Six-Jours. Plus explicite, le ministre israélien du Tourisme, Benny Elon assurait en 2003, sans ambages, qu'Israël fera tout pour qu'il n'y ait jamais d'Etat de Palestine à ses côtés indiquant: «Notre job, c'est de nous assurer qu'un Etat palestinien, qui représente par de nombreux aspects un danger pour Israël, ne soit pas créé.» S'il y a une chose dont on ne peut accuser les sionistes, c'est d'avoir celé leur jeu ou d'avoir été ambigus sur leur objectif d'empêcher l'établissement d'un Etat palestinien à leur côté. C'est dans ce contexte que, dans les années 1990, l'ambassadeur de France en Grande-Bretagne s'est laissé aller à lâcher dans une conversation privée ces propos sur Israël: «Un petit pays de merde!». Ah! Qu'a-t-il dit? La presse britannique avait tôt fait de s'emparer de ces mots peu amènes du diplomate à l'endroit d'Israël pour les étaler sur ses tabloïds avec les suites qui en ont suivi. Interrogez aussi vos compatriotes sur cette réalité vérifiable, le rejet par Israël d'un Etat palestinien. En privé, quelques mois avant son départ du département d'Etat, John Kerry, avait dit, sans doute excédé par les obstacles érigés par Israël dans le processus de paix - qu'Israël courrait le risque d'être un «Etat d'apartheid». Propos qui ont fuité, déclenchant un tel tollé, que le chef de la diplomatie US s'est vu contraint à démentir ce qu'il a bel et bien dit, selon des témoignages. Il savait d'expérience qui ne voulait pas la paix au Proche-Orient. Relisez donc les propos du président Truman, en 1947, sur les sionistes. Répondant aux préoccupations des ambassadeurs US dans les pays arabes - alarmés par l'activité pro-sioniste du président - Truman eut ces mots sans équivoques: «Désolé, Messieurs, mais je dois répondre à des centaines de milliers de gens qui souhaitent le succès du sionisme. Je n'ai pas des centaines de milliers d'Arabes parmi mes électeurs.» Vous remarquerez que Harry Truman - qui a été l'homme qui autorisa le largage de bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki - avait un grand souci des droits des peuples et autres droits de l'homme. Alors quid de Mahmoud Abbas? A quoi vous attendiez-vous, à ce que le président palestinien donne le coup de grâce à une Palestine, spoliée et réduite en peau de chagrin? Israël occupe et colonise la Palestine et, selon vous, ce sont les Palestiniens qui doivent avoir le «courage» de faire la paix? Comment appelez-vous cela? Du cynisme ou simplement le droit des plus forts?

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