VIOLENCES DANS LES STADES:

Il y a danger!

Il n'y a plus de week-end sportif où l'on ne signale pas un envahissement de terrain en sus de bagarres entre supporters. Cela peut-il encore durer? De fait, la responsabilité des autorités sportives (FAF, LFP et ligues de football) et politiques (Jeunesse et Sports et Intérieur) est entièrement engagée. C'est à elles de veiller à la sécurité des acteurs sportifs et des supporters, que celle-ci soit assurée comme de trouver des solutions à ces brutalités qui mettent en porte-à-faux la stabilité sociale. Dès lors que le football - jeu où il y a un vainqueur et un perdant - devienne un élément clé de détermination de soi, il y a danger en la demeure. Tant que le phénomène ne touchait que le dessus du panier - c'est un euphémisme en fait - il y avait encore moyen d'y mettre bon ordre (encore aurait-il fallu s'y atteler dès l'apparition de ces faits), mais dès lors que les petites divisions, le premier palier du football, s'y mettent à leur tour, il faut savoir être ferme et dire non! Quitte, si les faits persistent, à suspendre les championnats jusqu'à ce que les esprits se calment. Est-ce déjà trop tard, alors que l'on a fait du sport et, singulièrement, du football, un dérivatif, un «opium» du peuple?
Un alibi propice à faire oublier la mal-vie, les problèmes du quotidien et les aléas auxquels les jeunes sont confrontés.
Il est patent qu'à force de tirer sur la corde elle finisse par casser.
Une lapalissade? Sans doute! Il n'en reste pas moins que les faits sont là: le sport en général, le football en particulier, n'est plus ce moment de convivialité, d'engouement, de plaisir et de fair-play. C'est autre chose: le jeu à onze connaît une mutation sémantique terrible où est usité un langage nouveau par lequel on désigne aujourd'hui les supporters, les clubs, les joueurs par des mots insolites: désormais on parle de «peuples», de «guerriers». «Peuple» auquel le club [transformé par décalage en «patrie»?] doit «donner de la joie». Par un étrange retournement de la sémiotique, le «club» est donc le lien par lequel le «peuple» se reconnaît, pour lequel on se bat et on se sacrifie, pour lequel on est prêt à toutes les extrémités. Le signifiant du langage sportif a donc évolué, détourné de son sens primaire par une certaine presse dite «sportive» qui n'y est pas étrangère, qui use et abuse de ces termes inattendus comme «peuples», attendant de leurs favoris «la joie» que leur procurent les «11 guerriers» alignés sur le terrain. Les jeux de l'arène de Rome? C'est exactement ce qui se passe sur nos stades: le terrain de football ayant perdu sa connotation sportive est devenu un champ de bataille où tous les coups sont permis. Ayant perdu son sens festif, le terrain de football est devenu, non point le lieu où l'on mesure sa force et son intelligence dans le jeu, celui où l'on doit gagner coûte que coûte. Comment cette mue a-t-elle été possible? Comment a-t-on pu passer d'un jeu où le meilleur gagne - selon la formule consacrée - à ces batailles où l'on s'étripe? Il y a sans doute des études sociopolitiques à faire sur le sujet pour comprendre le pourquoi du phénomène. Reste, toutefois, la question de savoir pourquoi notre football a-t-il plongé dans ce no man's land de la violence? Il y a un fait: des enjeux autres que sportifs -financiers notamment - [induisant une corruption devenue endémique qui ronge les milieux du football] ont, quelque part, contribué à cette exaspération généralisée des esprits. A cela s'ajoutent l'amateurisme et les maladresses de la nouvelle direction du football algérien [FAF] qui, peu ou prou, ont aggravé la situation par des décisions intempestives pas toujours de bon aloi (cf; l'affaire du stade du 1er Novembre de Tizi Ouzou). Le limogeage rocambolesque du président de la Ligue de football professionnel, LFP, Mahfoud Kerbadj, est encore indicative du fond où a sombré le football national. Cela sans trop nous appesantir sur les tenants et aboutissants de la guerre larvée que se livrent les deux premiers responsables du sport en Algérie [le président du COA, Mustapha Berraf et le ministre de la Jeunesse et des Sports, El Hadi Ould Ali] qui ajoute, si cela se pouvait, à l'imbroglio ambiant qui meut le sport dans notre pays avec toutes les retombées négatives que cela induit sur l'organisation par l'Algérie des Jeux africains de la Jeunesse (Alger, 2018) et les Jeux méditerranéens (Oran, 2021). Le sport algérien - plusieurs fédérations sportives sont en crise - otage de l'incompétence de ses dirigeants est ainsi un navire qui vogue sans capitaine sur une mer en furie. Aussi, attention aux dégâts. Il faut agir avant que les choses n'échappent à tout contrôle. Il est temps pour la FAF de se remuer. Il lui appartient, dans cet environnement devenu impropre à la pratique du sport, de prendre les décisions adéquates qui s'imposent. A contrario, il faut avoir l'honnêteté de se pousser et laisser la place à plus compétent que soi.