Alger à l'écoute de Riyadh

Le ministre saoudien de l'Intérieur séjourne depuis hier en Algérie. Sa visite intervient au moment où le Royaume wahhabite fait sa mue. L'Algérie, comme beaucoup d'autres nations au demeurant, suivent de près ces événements qui sont en train de métamorphoser la société saoudienne. Sur le plan des libertés individuelles, notamment. Celles-ci concernent les femmes essentiellement. L'accès de certains espaces publics n'est plus le pré carré des hommes. Elles peuvent désormais assister à des rencontres de football. Une révolution dans ce pays qui traîne une réputation de nation rigoriste. Mais ce ne sera certainement pas l'essentiel des discussions qu'aura l'émir Abdel Aziz Ben Saoud Ben Nayef Ben Abdelaziz Al-Saoud avec ses vis-à-vis algériens. En l'occurrence, le ministre de l'Intérieur, des Collectivités locales et de l'Aménagement du territoire Nouredine Bedoui et du ministre de la Justice, garde des Sceaux Tayeb Louh qui sont à l'origine de la visite du ministre saoudien chez nous. L'Arabie saoudite et l'Algérie qui ont en commun le souci d'affronter une grave crise financière due en particulier à la baisse de leurs revenus pétroliers, conséquence d'une nette dégringolade des cours de l'or noir, ont par ailleurs, des positions qui ne sont pas nécessairement souvent partagées. A propos de certains conflits qui secouent la péninsule Arabique: le Yémen où l'Arabie saoudite s'est embourbée en s'engageant militairement ou au Moyen-Orient en soutenant la coalition militaire occidentale contre le régime du président Bachar el-Assad. Le Royaume qui n'ignore pas que l'Algérie a toujours prôné la solution politique pour régler les différends entre les parties belligérantes ne manquera certainement pas de saisir l'opportunité qu'offre cette visite pour éventuellement changer son fusil d'épaule. Pour sortir de la coûteuse guerre qui l'oppose aux Houtis et qui l'oblige à racler ses fonds de tiroirs en ces moments de vaches maigres marqué par le niveau des prix du baril de pétrole qui lui ont occasionné un déficit de pas moins de 100 milliards de dollars en 2015. Et de fléchir sa position en ce qui concerne la guerre en Syrie, qui lui a valu bien des inimités avec la République islamique d'Iran qui a pris fait et cause pour le régime syrien. Aplanir les différends entre Riyadh et Téhéran n'est certes pas une partie aisée. Cela relève pratiquement du miracle. De l'impossible qui n'est incontestablement pas algérien. La diplomatie algérienne l'a démontré à un moment où les deux pays étaient arc-boutés sur des positions diamétralement opposées. Elle a réussi cette prouesse de les rapprocher. C'était lorsque l'Opep avait décidé de baisser sa production pour mettre fin à la dégringolade des cours de l'or noir. L'accord avait été scellé à Alger. Ses excellentes relations avec les Saoudiens et les Iraniens avaient favorisé une telle démarche et rendu possible son aboutissement, son succès. Sera-t-elle à nouveau sollicitée pour se mettre en branle pour la bonne cause? Le Monde arabe s'est notoirement émietté. La Syrie est à feu et à sang, la Libye et le Yémen ne vont guère mieux, le Qatar est mis en quarantaine par ses voisins du Golfe, la Palestine pâtit de cette situation...Des meurtrissures. Alger et Riyadh auront à coeur d'en atténuer les douleurs. Même si la coopération bilatérale prendra sans coup férir le dessus.