De Gaulle, le "traître" qui sauva la France

Vérités historiques. Peut-on cacher la signature du cessez-le-feu du 19 mars 1962 sous le tapis? Peut-on faire l'impasse sur un événement aussi déterminant dans la guerre d'Algérie? Peut-on faire semblant d'ignorer le jour où prirent fin 132 années de colonisation et huit longues années d'une guerre sans merci?
La réponse est évidemment non pour tout esprit sain. Pourtant, même des chefs d'Etat français, qui se sont succédé depuis, ont préféré «zapper» cette date. Pour mieux comprendre, il faut reconstituer les faits. En réalité, c'est la veille, le 18 mars 1962, que les négociations entre la délégation du GPRA (gouvernement provisoire de la République algérienne) et celle de la République française, commencées le 5 mars 1962, ont abouti à un accord de cessez-le-feu. L'accord (plus connu sous le nom «des accords d'Evian») signé du côté algérien par Krim Belkacem et du côté français par Louis Joxe, Robert Buron, Jean de Broglie, prévoyait la fin de la guerre d'Algérie dès le lendemain 19 mars 1962 à midi. Si les deux parties signataires de l'accord ont respecté leurs engagements, une troisième force, l'OAS (Organisation armée secrète) bras armé d'une bonne partie des Français d'Algérie redoubla de férocité, de haine et d'horreurs à partir de ce jour-là. Cette organisation terroriste frappa sans distinction les Français et les Algériens. Comme la fusillade (commencée à partir des balcons pieds-noirs) de la rue d'Isly, à Alger, le 26 mars 1962, qui fit 80 morts et 200 blessés parmi les manifestants pieds-noirs (nom qui désigne les Français d'Algérie), qui voulaient rejoindre ceux qui, parmi eux, s'étaient retranchés à Bab El Oued après avoir tué six militaires français. Le but était d'entretenir et exacerber la confrontation entre les deux communautés (algérienne et pieds-noirs). C'est dans cet objectif que l'OAS a décidé d'alterner ses cibles. L'attentat à la voiture piégée du 2 mai 1962 qui a eu lieu au port d'Alger qui a fait plus de 200 morts et plusieurs centaines de blessés parmi les dockers exclusivement algériens a été clairement revendiqué par l'OAS. Ces deux exemples, parmi d'autres, suffisent pour comprendre la stratégie adoptée par cette «troisième force» pour marquer son refus à toute idée d'indépendance de l'Algérie. Plus d'un demi-siècle après, cette «troisième force» n'a rien perdu de sa nuisance. On remarquera sa présence même dans les institutions françaises. A tel point qu'aucun président de la République française, excepté François Hollande en 2016, ne s'était risqué à commémorer cette date considérée par l'OAS comme étant celle de «la trahison». Le «traître», pour eux, c'est le général de Gaulle qui a échappé à plusieurs de leurs attentats. Jusqu'à son Premier ministre, Michel Debré, qui démissionna le 14 avril 1962. Soit six jours après l'adoption (à 91%) des accords d'Evian par référendum, des Français. Plus près encore, tout le monde se rappelle le bras d'honneur que nous a adressé, en 2012, en direct à la télé, Gérard Longuet qui a été ministre de la Défense sous Sarkozy. C'est dire que les relations algéro-françaises ne seront jamais simples. Il n'y a pas que deux parties en présence dans ces relations, mais trois. Cette troisième est invisible, sournoise et maléfique. Les Algériens ne doivent jamais oublier qu'elle a la rancune tenace!