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La douleur qui unit

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Les sociétés se nourrissent de leurs joies et de leurs peines pour construire leurs destinées. Si tous les Algériens ont vibré à l'unisson à Tahya El Djazaïr au lendemain de l'indépendance et aux 1,2, 3 Viva l'Algérie avec les exploits de l'équipe nationale de football, ils ont aussi pleuré toutes les larmes de leurs corps lors des inondations de Bab El Oued, du séisme de Boumerdès ou encore aux graves accidents de la circulation qu'a vécus le pays. On a beau se dire que ce sont les choses de la vie, il reste que la douleur d'un peuple existe bel et bien et les Algériens l'ont ressentie, hier, pour les 257 victimes du crash. Ils l'ont ressentie avec d'autant plus de force que les militaires et leurs familles qui sont morts, faisaient partie des enfants les plus utiles à la nation. Ils ne s'envolaient pas à Béchar et Tindouf pour le tourisme. Ils y allaient pour défendre leur patrie, dans les régions les plus inhospitalières du pays. Ces soldats vivaient et travaillaient dans ces contrées difficiles où rien ne pousse, mais qui demeurent autant de points du vaste territoire national pour lequel tant de sacrifices ont été consentis pour que vive l'Algérie fière et digne. Dans le crash d'hier, les Algériens ont perdu des frères et des soeurs qui ont consacré leur vie à la défense de la nation. Ils représentent cette Algérie qui continue d'affronter le danger aux frontières pour que l'autre Algérie, celle du «nord» et des «villes», puisse respirer la paix et la stabilité, dont jouit actuellement l'ensemble de la population. C'est dire que si nous autres citadins, vivons dans l'insouciance, voyageons de nuit et dormons à poings fermés, c'est parce que des Algériens, de la trempe des 257 victimes du crash d'hier, font leur tour de garde aux frontières, dorment dans les plus mauvaises conditions et se restaurent à même la terre, lorsqu'ils sont en mission.
C'est cette Algérie forte et fière qui ne ressent d'autre satisfaction que celle du devoir accompli, qui se sacrifie à longueur d'année et qui mérite toute notre reconnaissance qui prenait, hier, de bon matin, l'avion pour aller veiller sur nous. Tous les militaires, leurs familles et les membres d'équipage de l'Iliouchine II-76 de l'armée de l'air algérienne se rendaient sur les lieux de leur vie ou de leur travail. Ces soldats étaient originaires de toutes les régions du pays. L'Armée populaire nationale qui les a réunis pour l'accomplissement d'une noble cause est certainement blessée par cette grande perte. Cette blessure est également celle de toute la communauté nationale. L'Algérie est en deuil. Un deuil qui nous rendra plus forts, car il nous rassemble, nous ouvre les yeux sur ce qu'est l'Algérie: une nation qui se construit par ses joies et ses douleurs.

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