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Missiles et brouillards

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Dans la nuit du vendredi au samedi 14 avril, les Etats-Unis et leurs alliés français et britannique ont lancé des attaques contre la Syrie avec une centaine de missiles tirés depuis des navires de guerre et des avions bombardiers venus de bases disséminées dans la région. Ce qu'il faut retenir en premier lieu de ces attaques, c'est qu'elles ont eu lieu au nez et à la barbe du Conseil de sécurité dont l'ambassadrice américaine disait voici quarante-huit heures qu'il était «discrédité par le comportement de la Russie». Ce n'est pas la première fois que les puissances occidentales piétinent ainsi le principal organe de l'ONU et ce n'est pas la première fois, non plus, qu'elles s'acharnent contre un pays arabe au motif d'un usage présumé d'armes chimiques. Jadis, ce fut l'Irak qui a payé le prix fort de ces accusations péremptoires et hier, c'était au tour de la Syrie de subir les mêmes foudres qui ont saccagé la Libye. Bien sûr, aux protestations qui se sont élevées dans un certain nombre de capitales, a répondu l'étrange bilan selon lequel, finalement, il y aura eu plus de peur que de mal et qu'en somme tout est bien qui finit bien. Sauf que l'histoire retiendra, encore une fois, une fois de plus devrait-on dire, que le recours à la force ne s'embarrasse guère des traditionnels attendus sur le respect de la légalité internationale et que, pour les Etats et les peuples, comme pour les individus, la raison du plus fort sera toujours la meilleure. Après avoir dit et répété à l'envi qu'il allait le faire, le président Donald Trump pouvait-il rester sans mettre à exécution ses innombrables tweets, au risque de se voir discrédité à un moment particulièrement crucial, avec la parution d'un livre assassin de l'ex-directeur du FBI, James Comey? A Washington comme à Londres et Paris, on a juré la main sur le coeur que les frappes étaient «nécessaires» pour «punir» le régime syrien, et qu'importe si ces frappes sont illégales au regard du droit international. Princes de la vertu et de la probité, les trois dirigeants à la manoeuvre contre la Syrie ne vont pas crier sur les toits leur véritable motivation et leurs desseins latents. «Nous avons la preuve, frapper est un devoir, nous voulons arrêter le massacre d'innocents...» constitue un bel leitmotiv, sauf que depuis 2011, le peuple syrien pleure plus de 350.000 morts, un pays totalement dévasté et près de 5 millions de réfugiés. Tout en déplorant cette escalade militaire qui impacte négativement les efforts pour une solution politique du drame syrien, il conviendrait, une fois de plus, de rappeler la nécessité pour tous et en toutes circonstances de respecter le droit international. Sans cette exigence, il ne saurait y avoir en effet de chance pour le dialogue et le règlement pacifique des conflits, auxquels aspirent légitimement tous les peuples.Les règles de l'ONU sont pourtant claires: l'usage de la force n'est autorisé qu'avec l'aval d'une résolution du Conseil de sécurité, la demande explicite d'un Etat attaqué et l'article 51 de la Charte onusienne qui concerne la légitime défense. Dans le cas d'espèce des frappes américano-franco-britanniques d'hier, on se trouve devant un écran de fumée tout à fait nouveau puisque l'argumentaire des assaillants tourne autour d'une prétendue «légalité morale» nourrie avec une pluie de missiles. Pourtant, non loin de là, on assassine sans état d'âme des innocents qui ont le malheur de ne pas figurer dans l'agenda de la vertu au nom duquel les pays occidentaux frappent ici et pas là-bas. La nouvelle doctrine de la «légalité morale», avec ce qu'elle induit comme sens très sélectif des «responsabilités», ressemble trop au fameux «devoir d'ingérence» dont les thuriféraires ont opportunément surgi, ces jours derniers, sur les plateaux de télévision pour y distiller leur venin habituel. A ce jeu de dupes, il faut craindre qu'un jour l'escalade aille au-delà des calculs pré-établis et qu'elle n'engendre des conséquences dont les partisans de la canonnière ne pressentent guère les retombées.

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