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Encore et toujours Benzema

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Décidément, la polémique autour de Karim Benzema ne cessera pas de germer, ne serait-ce que pour donner raison au sélectionneur français de l'avoir écarté de l'équipe de France, au lendemain de l'affaire de la sex-tape dont l'auteur n'aura, en fin de compte, connu que des déboires moindres par rapport à lui. Une chaîne de télévision a consacré, hier, une heure à évoquer «le joueur d'origine algérienne» qui justifie son choix de ne pas chanter La Marseillaise par le fait qu'il rejette les «chants guerriers». Benzema est, avant tout, un enfant de la banlieue lyonnaise, grandi au temps des rodéos et porteur d'une mal-vie qui caractérise le plus grand nombre des jeunes issus de ces milieux à la fois défavorisés et stigmatisés. C'est donc un citoyen français, au même titre que ceux qui le critiquent, avec plus ou moins d'hypocrisie quand ce n'est pas avec une certaine dose de fiel.
Il le prouve amplement, en payant ses impôts en France, et non pas, comme beaucoup de sportifs connus dans d'autres disciplines telles que le tennis ou le rugby et d'autres activités du genre artistique, sous
d'autres contrées plus clémentes en matière de fiscalité. Mais voilà, il a le tort, s'il en est, de parler cash comme il paie ses erreurs. Immédiatement, sa «sortie» sur un thème qui a fait saliver Jean-Marie Le Pen, en son temps, le dessert bien plus qu'elle ne le conforte. Dans l'état d'esprit où il se trouve, la trentaine passée et une carrière internationale brisée par un tandem qui lui a claqué la porte au nez au moment opportun, il fallait s'attendre à ce qu'il exprime, haut et fort, son désappointement. De là à ressortir l'antienne du joueur «d'origine algérienne», c'est bien le signe qu'il y a quelque chose de pourri dans le pays de Marianne! Depuis des décennies, on a toujours entendu la rengaine selon laquelle le joueur qui marque est «un bon Français» tandis que celui qui peine est «d'origine...». Un célèbre commentateur du sport-roi, aujourd'hui disparu, avait même atteint les cimes de la tartufferie en qualifiant, dans les années 80, un modeste joueur de Nîmes, débarqué en provenance d'Algérie pour une fois, de «joueur algérien mais racé»! On ne saurait mieux traduire l'ambiguïté et la permanence de ces commentaires qui contribuent à aggraver le malaise de bon nombre de jeunes, victimes du racisme ambiant à l'heure où les idées de l'extrême droite progressent à un rythme éloquent dans la majeure partie de l'Europe, hier seulement occidentale, mais aujourd'hui également dans les pays de l'Est. Il suffit, pour s'en rendre compte, de voir avec quel entrain les partis qui fondent leur programme sur les migrants et les minorités qui n'appartiennent pas à la sphère judéo-chrétienne (...) sont en train de prospérer, en Allemagne, en France, en Belgique, aux Pays-Bas, en Autriche, en Hongrie et dans plusieurs autres pays de l'Union européenne. En leur donnant du grain à moudre, on va bien au-delà de la seule provocation journalistique. On contribue manifestement à leur baliser la voie vers une société où des jeunes comme Karim, ou Eric, disait un invité sur le plateau de cette chaîne décidément rompue au discours ambigu, Benzema qui aura sans doute apprécié le lapsus dans toute sa cruelle vérité, devront se poser la question de savoir où et comment garantir leur juste place, avec les arguments qui portent le mieux. A ce propos, des exemples sont là qui peuvent leur servir de justifications bien plus que de prétextes.

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