Sahara occidental: Russie et Ethiopie déjouent la manoeuvre franco-marocaine

La question du droit d'un peuple à disposer de son autodétermination a revêtu tout son sens dramatique, hier, au Conseil de sécurité de l'ONU. Il s'agit évidemment du peuple sahraoui, sous le joug d'une occupation marocaine soutenue par un membre permanent de l'instance, au mépris de ses propres résolutions et de ses tentatives épisodiques de faire avancer la recherche d'une solution conforme au droit international ainsi qu'aux recommandations de l'Assemblée générale et de l'Union africaine. Suite aux manoeuvres de blocage dont souffre le peuple sahraoui depuis des décennies, sans compter l'exploitation de ses richesses dans le cadre d'accords illégaux, il y a eu, hier encore, l'ajournement d'un projet douteux de résolution consacrée à la prorogation du mandat de la Minurso. Tractations et travail de sape se poursuivent, depuis, afin de concrétiser une mouture dont la France voudrait qu'elle soit favorable à la thèse marocaine. Chargés de sa rédaction, les Etats-Unis ont avancé un texte refusé par la Russie et l'Ethiopie, parce qu'il «manquait d'équilibre» et donnait «plus d'importance à la position marocaine». Par-delà les extrapolations sur les liens entre l'Algérie et ces deux pays, l'Ethiopie étant l'hôte de l'Union africaine dont la position dans cette affaire est bien connue, et la Russie, nonobstant une alliance historique avec notre pays, ayant toujours fait prévaloir le respect du droit international, il était légitime de réclamer une «clarification des positions» et un projet conforme aux résolutions antérieures de l'ONU. La mouture initiale ne pouvait faire consensus, notamment le statut d'El Guerguerat que le Maroc a récemment utilisé comme argument de tension avec le Polisario tout en cherchant à impliquer, une fois de plus, l'Algérie. La prochaine mouture devra être expurgée des «éléments de langage» pour lesquels la France a déployé toute son énergie en faveur du prétendu «plan marocain d'autonomie». Pour la communauté internationale, en effet, le cas du Sahara occidental doit être traité comme «territoire non autonome», conséquemment «éligible au processus d'autodétermination», chose qu'elle n'a pas cessé de dire dans toutes ses résolutions. La tentative de travestir la réalité en faveur de la thèse marocaine constitue, ni plus ni moins, qu'un reniement du Conseil de sécurité et, par-delà, de l'ONU dont les résolutions ont valeur de droit international et disent clairement la nécessité d'une solution politique, juste et durable dans la crise sahraouie. Si un tel scénario avait abouti, il aurait signifié aussi une remise en cause du mandat accordé à l'envoyé spécial de l'ONU, Horst Kohler, et, plus grave, du processus onusien qui subit fréquemment ces tentatives pernicieuses de sabordage. Le fait que la France et le Maroc s'évertuent à tenter de faire intégrer les localités de Bir Lahlou et Tifariti, relevant des territoires sahraouis libérés, dans la zone tampon d'El Guerguerat, en dit long sur leurs calculs et leurs conjectures. Les manoeuvres dilatoires du Maroc le conduisent à piétiner sans cesse les actions de l'ONU comme la mission d'experts empêchée de se rendre à El Guergarat ou le paragraphe 3 de la résolution appelant le SG de l'ONU à résoudre le conflit maroco-sahraoui. Cette fuite en avant n'empêchera pas la communauté internationale de dire le droit, rien que le droit, mais tout le droit, à savoir «un plein soutien aux efforts de l'émissaire onusien Horst Kohler» et l'exigence pour les deux parties au conflit de reprendre «des négociations directes sans pré-conditions et de bonne foi». Et c'est tout à l'honneur de la Russie et de l'Ethiopie d'avoir barré la route aux manipulateurs patentés pour faire respecter et l'ONU et la légalité internationale, une fois de plus.