Djellab et les "vigiles de la tomate"

Rituel. Chaque année durant le Ramadhan c'est la même rengaine. Les médias sont à l'affût de la moindre petite hausse des prix à la consommation. Il faut dire à leur décharge que c'est le mois où l'actualité est en berne. Alors les étiquettes des prix deviennent plus qu'intéressantes. Et puis il faut dire que l'organisation du commerce dans notre pays se prête volontiers à ce jeu des «vigiles de la tomate». La preuve: notre ministre du Commerce, Saïd Djellab, s'est voulu rassurant. Il a promis que «les prix des fruits et légumes allaient baisser dans les trois prochains jours». C'était jeudi dernier, premier jour de Ramadhan, au cours d'une visite à Blida. Il s'agissait notamment du prix de la tomate et de la courgette. Il n'a pas précisé par quel miracle la baisse aura lieu. Servie à toutes les sauces, la loi de l'offre et de la demande est à la mode. Elle est même sacralisée. Même par le ministre puisqu'il a lancé «un appel aux citoyens en vue d'une consommation rationnelle afin de contribuer à la baisse des prix, tout en évitant d'acheter les produits dont les prix enregistrent une importante hausse». Un appel au boycott dans le style «khaliha tesadad». Mais quand c'est un ministre qui conseille cette méthode c'est qu'il n'a rien d'autre dans son «arsenal». Il adhère même au retour des espaces commerciaux type «Souk El Fellah», réclamé par certaines voix de l'opposition, puisqu'il n'a pas hésité à «saluer l'initiative de la Chambre de commerce de Blida pour avoir ouvert deux de ces espaces de vente de produits alimentaires à l'occasion du Ramadhan». Les 11 mois qui restent sont moins importants. C'est triste et affligeant à la fois d'assister à un manque flagrant d'expertise et d'imagination de notre administration. Comment parler d'un effet de l'offre et de la demande lorsqu'on sait que l'offre provient de deux sources. Le circuit classique et le circuit informel. Qui dame le pion à l'autre? C'est un secret de Polichinelle. Depuis l'ouverture de l'économie en 1989, l'informel qui avait commencé avec les «porteurs de valises», a, aujourd'hui pignon sur rue. Il a ses milliardaires et ses lobbies. Plus le temps passe et moins il sera possible de s'en débarrasser. La seule manière est la facturation, un procédé aussi vieux que le commerce lui-même, mais qui ne veut pas se mettre en place chez nous. Si l'on se donnait la peine d'exiger une facture à chacune des étapes, du port pour les importations, des champs agricoles pour les fruits et légumes, avec rigueur et constance, l'informel serait très vite dévitalisé. En remontant du détaillant vers son grossiste jusqu'au fournisseur de ce dernier, aucune échappatoire n'est possible. A l'ère du numérique c'est un jeu d'enfant. Au lieu de nous bassiner avec les mêmes images des contrôleurs costume cravate avec cartable et leur thermomètre comme armes absolues. On charge ces contrôleurs de faire la chasse aux fraudeurs et du contrôle de la qualité. Deux activités complètement différentes. Comme pour rendre plus illisible le vrai problème. Qui est et restera l'économie informelle. L'aveu de Djellab est édifiant!