Bouazghi et la récolte de blé 2018

Des chiffres et des lettres. Il est difficile de comprendre les communiqués de notre ministère de l'Agriculture tant ils sont truffés de toutes les richesses qu'offre la subtilité du vocabulaire. Exemple: une année, c'est le terme de «superficie emblavée» qui est utilisé. L'année suivante c'est le terme de «superficie moissonnée» qui a la préférence des rédacteurs. Une autre année c'est le terme «superficie déclarée à moissonner» qui est utilisé. Un lexique qui se veut aussi subtil que le balai qui pousse la poussière sous le tapis. Alors pour les chiffres on ne vous dit pas! Exemple: dans le communiqué publié mercredi dernier le ministère de l'Agriculture indique que «La superficie globale emblavée en céréales durant cette campagne (2018, ndlr) est évaluée à 3 444.122 hectares dont 1.599.936 hectares en blé tendre, 1282.421 hectares en orge et 81 094 hectares en avoine». Ce qui ne laisse que 480.671 ha au blé dur pour cette année. Difficile à croire puisqu'on nous a toujours soutenu que les conditions climatiques de notre pays se prêtent mieux au blé dur contrairement au blé tendre qui a toujours été le parent pauvre de notre production céréalière. D'ailleurs, l'an passé, le 24 septembre précisément, le communiqué de notre ministère de l'Agriculture a précisé que «57% des productions céréalières obtenues (en 2017, ndlr) sont constituées de blé dur». Rien sur le blé tendre. Coup de théâtre cette année, le communiqué de mercredi dernier annonce plus d'un million et demi d'ha de blé tendre «emblavés». Ce qui laisse espérer une importante récolte de blé tendre cette année. Quel que soit le rendement à l'ha. Du point zéro on ne fait que remonter. Et puis il y a même un côté plutôt léger dans l'appréciation des choses par les rédacteurs de ces communiqués. Toujours dans le communiqué de l'an passé (du 24 septembre) il était question de «légère augmentation de la production céréalière en 2017».On est passé de 34.321.237 quintaux en 2016 à 34 807.119 quintaux en 2017. 485.882 quintaux de différence à l'échelle nationale, il n'y a vraiment pas de quoi pavoiser. Il aurait été plus décent de taire cette «augmentation». Quant au rendement à l'ha, le communiqué signal qu'il est passé de 16 q à l'ha en 2016 à 15 q à l'ha en 2017. En baisse. Mais le meilleur est pour la fin. On sait que notre production céréalière «tourne» autour de 34 millions de quintaux chaque année. La quantité de semences mobilisée pour la récolte de cette année a été «de près de 1,13 million de q contre 841.100 q» l'année d'avant. Ce qui devrait aboutir, mathématiquement, à une récolte, en 2018, qui dépasse les 34 millions de q. Pourtant, voilà ce que le communiqué de mercredi dernier précise: «Quant aux capacités de stockage, 31,3 millions de quintaux ont été mobilisés». Où va-t-on mettre le surplus de 3 millions de q? Ou plus avec l'espérance de récolter plus de 34 millions de quintaux. Surtout avec la bonne pluviométrie de cette année. Le communiqué évoque «des possibilités de sites supplémentaires de stockage en cas de besoins». A quoi ressemblent ces «sites supplémentaires» et où sont-ils? Le communiqué ne le dit pas. Par contre, il «enfonce le clou» en ajoutant que des espaces de stockage de collecte «Big-Bag» sont également prévus. En anglais cela veut dire de grands sacs. Et vogue la galère!