"Compétition de programmes" et "démocratie pluraliste"

Ahmed Ouyahia a abordé tous les sujets qui font l'actualité en Algérie et ailleurs dans le monde, en rapport avec notre pays. De la crise financière, à la gestion du phénomène de la migration des Subsahariens, en passant par la lutte antiterroriste, tout y est passé. Le patron du RND, Premier ministre, a fait néanmoins un voeu qui passera, à n'en pas douter, inaperçu. Et pour cause, il ne porte pas sur un sujet «clivant» ou susceptible de «dresser les cheveux» de quoi que ce soit. «Beaucoup reste à faire aussi pour l'épanouissement d'une démocratie pluraliste riche d'une compétition de programmes permettant aux citoyens de choisir», a souhaité le secrétaire général du RND.
C'est d'une «banalité» à ne pas s'y attarder. Et c'est peut-être là que le bât blesse. Personne, parmi le personnel politique et les observateurs, ne voudra s'arrêter devant cette phrase qui respire pourtant le bon sens. Et lorsqu'on fait semblant de donner un peu de crédit au discours du Premier ministre, on lui rétorque que son gouvernement «tue la démocratie pluraliste», sans aucun argument sérieux à faire valoir. Sans transition aucune, les politiques et les observateurs, passent en mode «attaque» tous azimuts et assènent des critiques acerbes, sans apporter le moindre argument à l'appui de leurs discours. Rejetant en bloc toutes les réalisations et initiatives du gouvernement, certains opposants exercent certes leur droit à l'expression dans le cadre d'une «démocratie pluralistes», mais ils ne le font pas pour enrichir «une compétition de programmes» à même de donner aux citoyens une image claire des options pour leur «permettre de choisir».
On se souvient, en effet, qu'il ne faillait pas chercher longtemps pour trouver, au sein de l'opposition, des voix qui qualifiaient la démarche de payer par anticipation la dette extérieure du pays, d'anti-économique. Les arguments avancés, à l'époque, pour descendre en flammes l'initiative du président de la République, ne valent plus aujourd'hui. Ceux qui étaient contre ne disent plus rien sur le sujet et mettent le feu au financement non conventionnel, rendu justement possible grâce au règlement anticipé de la dette. Ils ont pronostiqué une hyper inflation, mais c'est le contraire qui se produit. C'est dire que dans cette histoire de «compétition des programmes», force est de reconnaître qu'on en est loin. Et ce qui vaut pour l'économie, vaut pour la justice, l'Education nationale et autres secteurs d'activités... Les uns appliquent un programme voté par les électeurs, les autres se contentent de critiquer tout ce qui bouge et n'apportent rien au débat. En décrétant caduc tout ce qui vient du pouvoir, l'opposition donne l'impression de vouloir couper les ponts entre la société et le gouvernement, mais sans en créer entre elle et le peuple. De fait, toutes les erreurs que peut commettre l'Exécutif ne sont pas décortiquées et passent par pertes et profit. Les nombreux retards dans la réalisation de chantiers économiques et politiques importants ne sont véritablement expliqués par personne. Les commis de l'Etat bredouillent une explication parfois peu convaincante et l'opposition crie: «On vous l'a dit!», alors qu'en réalité, rien d'intelligible n'a été dit.
Cela pour relever l'importance du concept de «compétition de programmes» dans une «démocratie pluraliste». Nous avons la seconde, mais nous attendons toujours la première.